La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Gay, Ma Santé !
Site web d'expression, d'échange et d'information sur la santé gay et ses enjeux !
Général | VIH/Sida | 30.11.2011 - 11 h 33 | 4 COMMENTAIRES
Séroconversion, et si jamais…?

Étiquettes : , , , ,

Séroconversion, et si jamais… ?

Depuis  l’article sur les couples sérodifférents, beaucoup de réflexions liées de prêt ou de loin à ce sujet se sont bousculées dans mon esprit, notamment sur la séroconversion.

Qu’est-ce donc alors ? Il s’agit, comme son nom l’indique, du moment où un séronégatif devient séropositif… la science ne nous permettant pas encore de faire une séroconversion inversée, hélas… (sauf une fois dans un cas allemand de greffe de moelle osseuse mais c’est l’exception qui confirme la règle) !

J’aurais très facilement pu recueillir des témoignages de personnes séropositives pour savoir comment elles ont vécu cette séroconversion et l’annonce de leur séropositivité, mais je préfère axer ça plus sur une réflexion de chacun… « Et si jamais, un jour, ça m’arrivait… ? » Et le plus intéressant ne sera pas cet article, mais votre projection dans les commentaires.

Je sais qu’il s’agit d’une chose à laquelle les gens ne préfèrent pas penser, ça en terrifie beaucoup, et je l’observe notamment lorsque je pose cette question à l’occasion d’un test rapide pour le VIH… Soit les gens n’y ont pas réfléchi avant, soit même sur le coup, ils ne préfèrent pas y réfléchir lorsque je leur demande tellement l’idée même les panique. Mais je pense que c’est une étape essentielle dans la lutte contre le VIH/Sida et les stigmatisations qui y sont liées.

                On a beau dire qu’on se protège tout le temps, et même si cela est vrai et que je ne peux qu’encourager ces comportements, on reste avant tout humain, et comme tout humain, nous sommes imparfaits. Les accidents n’arrivent qu’aux autres, sauf qu’on est tous l’autre d’autrui… Et avec une conjonction de plein d’évènement, le pire peut arriver. Et si on prend un ou des risques, l’important pour moi c’est qu’on puisse en parler librement sans crainte d’être jugé, traité d’irresponsable ou de suicidaire. Et pour moi, le principe de la prévention entre autre, c’est de penser les choses avant, pour d’une part les éviter, et d’autre part savoir comment réagir si on n’a pas su les éviter.

Et aujourd’hui encore, beaucoup de représentations persistent autour du VIH, et les témoignages du vécu des vieux séropos n’est plus représentatif de ce que vivra aujourd’hui un mec qui va se contaminer… L’épidémie a changé. Si avant on était dans une optique de mort rapide (en 1999, seul un mec séropo sur deux se contaminant à 25 ans était toujours en vie à 35 ans !!!), aujourd’hui on est dans une optique de vivre, avec le VIH car l’espérance de vie de quelqu’un se contaminant aujourd’hui est la même qu’une personne lambda. Et du coup un dilemme se pose à moi… Est-ce qu’il faut mentir aux gens en tenant un discours alarmiste et entretenir la peur autour du sida, alors même qu’on sait que la peur est un mauvais levier, qui est hélas très employés dans tous les domaines de la prévention en général (sida, drogues, sécurité routière, etc.), et dont on sait que ça ne marche pas ? Ou alors faut-il dire la vérité de ce qu’est aujourd’hui l’épidémie chez un gay lambda en France, afin de dédramatiser le sida, au risque d’être taxé d’irresponsable qui va faire que les gens vont relâcher leurs comportements préventifs ? C’est plutôt le parti pris que je pense être le bon, au risque de m’en prendre plein la gueule. Je suis conforté dans mon intention par la phrase que j’ai entendu de la bouche du Professeur Bernard Hirschel (co rédacteur du Swiss Statement en 2008) récemment à Chambéry qui disait donc que « Si on veut faire des vagues, il faut jeter un pavé, et pas un petit caillou ! ». Mais je tiens quand même à préciser que ce n’est aucunement mon intention de faire une quelconque incitation à prendre des risques, qu’il y a des IST à côté, et que même si on peut vivre très bien avec le VIH, il est quand même préférable de vivre sans.

                Et si moi j’étais séropositif ? Comment arriverais-je à organiser ma vie avec le virus ? Avec les consultations régulières à l’hôpital, une éventuelle mise sous traitement rapide, comment le cacher aux gens qui m’entourent ou comment leur dire ? A qui le dire ? Quand ? Comment ? Comment supporter le regard des autres qui va changer ? Comment gérer la peur que je risque de voir dans le regard des autres ? Comment gérer, le dégoût, le rejet,  la peur, ou la haine des autres ? Comment je vais faire si le traitement a des effets secondaires et que je veux avoir une vie sociale comme avant à faire des sorties avec mes potes, faire du sport, être opérationnel à mon boulot ? Comment réagirait mon mec ? Mes parents ? Mes frères et sœur ? Mes amis ?

Ce seraient les premières questions qui me passeraient en tête… Mais c’est parce que je suis un peu privilégié vu que je travaille dans la prévention du VIH/Sida… Car hélas pour beaucoup de monde qui n’a pas les mêmes connaissances que moi la première question qui se pose est « combien de temps me reste-t-il à vivre ? », ensuite viennent les autres. Sur les actions qu’on mène avec Aides on peut s’apercevoir que beaucoup de monde pense encore à tort que les traitements ne servent qu’à maintenir en vie les séropos quelques années seulement, et qu’ils ont une vingtaine de cachetons à avaler par jour… ! Mais c’est FAUX ! Du moins ça n’est plus vrai… ! Dans l’immense majorité des cas il n’y a pas plus de 5 cachets à avaler par jour, certes ils sont plutôt gros, et au début il faut prendre les anti-nausée et anti-diarrhée au cas où, mais tout le monde n’en a pas besoin, et le corps s’adapte plutôt rapidement et très vite il n’y a plus besoin d’artifices autour… ! Certains ont même qu’un seul cachet à prendre le soir, comme A. qui témoignait dans l’article sur les couples sérodifférents… et s’en portent très bien ! Mais l’avantage même par rapport à beaucoup de gens, c’est qu’il y a un check up complet du corps régulièrement, donc au moins pépin de santé, les personnes séropositives bénéficient de soins précoces… genre des anomalies cardiaques, des tumeurs ou autre que les personnes quidam découvrent souvent trop tard quand on ne peut plus rien faire.

                Je pense maintenant qu’il est temps d’arrêter de nier les évidences ! Ce qui tue aujourd’hui les séropos, ce n’est plus le VIH, c’est le regard des autres !!!! Et rien que d’y penser je sens mon sang bouillir de colère !!! Alors que médicalement ça roule (sauf pour des personnes contaminées depuis très longtemps et qui peuvent être en échec thérapeutique), qu’il serait totalement possible pour une personne séropo de VIVRE (avec un grand V et une grande IVREsse), d’être amoureux et en couple, de ne plus contaminer son partenaire même s’il n’y a pas de capote, qu’il serait possible de faire du sport, de travailler comme tout le monde, d’être heureux, d’être comme tout le monde en définitive, sans ces tracas là en tête… Ce n’est très souvent pas possible, mais pas à cause du virus en lui-même. Si certains ont trouvé la force de rationaliser la chose, d’arriver à en parler plutôt facilement sans avoir à se cacher, même si ce n’est pas facile, beaucoup sont terrifiés à l’idée même d’en parler…. Ils se sentent sales, comme des bombes virales, ils ont peur d’être rejetés, répudiés de la communauté, ils s’interdisent de vivre, ils ont honte… Mais HONTE de quoi au final ??? Honte parce qu’ils ont chopé un VIRUS ?? Ou honte parce que les représentations autour de ce virus sont sinistres et n’ont pas évolué en même temps que les avancées de la science depuis 30 ans ? Honte parce que les autres les font se sentir honteux ! Dans l’esprit de beaucoup ils sont malades… mais il faudrait avoir honte, être coupable d’être malade ? Ils ont honte parce que des paroles ignobles sortent de la bouche de certains à leur encontre… Il y a en gros 1 gay sur 10 qui est séropo en France… Combien arrivent à en parler ? Ca n’est pas écrit sur leur tête qu’ils le sont, mais beaucoup souffrent de cette image qui est véhiculée par le VIH… Et en tant que personne affectée dans mon esprit par ce virus, ça me fait franchement mal de vivre dans une telle société… Si on demande à des gens si la capote protège du sida, ils nous diront presque tous oui… et si on leur demande s’ils pourraient coucher avec une personne séropositif, en mettant un préservatif, la réponse n’est pas si unanime… !

1 sur 10… et si jamais, demain, c’était moi ? Et si jamais, demain, c’était toi ?

Publicité