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Non classé | Produits | RdR | Relation médecin patient | santé sexuelle | Slam | VIH/Sida | 28.08.2015 - 17 h 09 | 0 COMMENTAIRES
Traitements contre le VIH et drogues récréatives : interactions potentiellement dangereuses (methamphétamine, méphédrone, MDMA ou kétamine)

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(Traduction) Les deux médicaments utilisés dans le traitement du VIH et qui sont les plus susceptibles de provoquer des interactions avec les drogues récréatives sont ceux n’ayant pas d’action directe contre le virus mais utilisés en complément des antirétroviraux pour booster la concentration de ces derniers dans l’organisme, à savoir la Ritonavir (délivré sous le nom commercial de NORVIR ® ) et Cobicistat (TYBOST ® ). Interactions également possibles avec les médicaments traitant les troubles érectiles et les benzodiazépines. (auteur de l’article : Roger Pebody, Aidsmap. Traduction : Gaymasanté !).

 

Cobicistat est une des molécules entrant dans la combinaison du STRIBILD ® (avec elvitegravir, tenofovir et emtricitabine), présent également dans le PREZCOBIX ® (avec du darunavir) ou encore EVOTAZ ® (avec de l’atazanavir). Ritonavir est prescrit en complément des inhibiteurs de protéase et est également présent dans le KALETRA ® (avec du lopinavir) ainsi que dans le VIEKIRAX ® utilisé en traitement de l’hépatite C.

Alors qu’il existe potentiellement des interactions dangereuses entre les antirétroviraux à action directe contre le VIH et les drogues récréatives, celles-ci semblent moins inquiétantes que celles identifiées avec les boosters. Par ailleurs, toutes les drogues récréatives n’ont pas forcément d’interaction avec les antirétroviraux.

« Les praticiens doivent être conscients de ces risques pour informer leurs patients, soutiennent les auteurs d’une revue d’experts publiée le 24 août dans le magasine AIDS. Partant du principe que les usagers de produits continueront d’utiliser des drogues récréatives malgré les recommandations médicales, les praticiens doivent envisager de proposer des switch (changement de traitement) chez leurs patients vers des combinaisons thérapeutiques présentant un risque plus faible d’interactions », recommandent-ils dans l’article.

A propos des interactions

Lorsqu’un médicament est pris en combinaison avec un autre produit, licite ou illicite, leur interaction peut potentiellement réduire ou accentuer l’effet de l’un ou de l’autre. C’est le cas tant pour les drogues licites (médicaments) prescrits que pour les produits illicites, comme les drogues récréatives. Néanmoins il y a généralement plus d’études réalisées sur les interactions entre drogues licites, qu’entre médicaments et drogues illicites.

Depuis de nombreuses années néanmoins, des inquiétudes subsistent quant aux interactions entre certains médicaments antirétroviraux et les drogues récréatives. Plus récemment, un nouveau booster a été mis sur le marché : le cobicistat. Et nous assistons en parallèle à une modification des comportements chez les hommes gays au Royaume-Uni vivant avec le VIH en ce qui concerne la consommation de drogues récréatives. Le Crystal meth et la mephedrone sont en effet bien plus consommés qu’ils ne l’étaient auparavant, notamment dans le contexte des chemsex parties, ou soirées privées pouvant durée de nombreuses heures avec une consommation combinée de différentes substances psychoactives.

De plus, nous constatons un usage d’injection plus fréquent de ces drogues, cette pratique ayant pour conséquence une augmentation plus rapide de la concentration des produits absorbés par le sang et des risques de surdose.

Un groupe d’étude composé de praticiens, pharmaciens, biologistes ainsi qu’un consultant sur les produits psychoactifs ont conduit une revue de la littérature et des cas cliniques documentés afin de proposer un résumé actualisé des données disponibles concernant les interactions entre drogues et médicaments antirétroviraux. Plutôt que de couvrir toutes les interactions théoriquement possibles, ils ont souhaité proposer une revue pratique au service des praticiens. Aussi se sont-ils concentrés sur les interactions entre les drogues illicites communément utilisés chez les hommes gays vivant au Royaume-Uni et les médicaments antirétroviraux.

« Nous disposons de peu de données sur les interactions entre l’usage de substances psychoactives et les antirétroviraux, mais les connaissances concernant les potentiels effets cliniques de telles interactions doivent faire l’objet d’une grande attention de la part des praticiens suivant des patients vivant avec le VIH », précisent-ils.

 

Ritonavir et cobicistat

Le message principal de cette revue est que les deux médicaments prescrits les plus susceptibles de causer des interactions dangereuses avec les drogues récréatives sont le ritonavir (NORVIR ® ) et le cobicistat (TYBOST ® ).

Ces deux médicaments appartiennent à la classe des boosters, qui n’ont pas d’effets directs sur le VIH mais qui sont prescrits pour augmenter le niveau de concentration des antirétroviraux. Une petite dose de ces médicaments suffit à faire en sorte que le foie ralentisse le processus de dégradation, ce qui signifie que la molécule antirétrovirale restera plus longtemps dans l’organisme et à un niveau de concentration plus élevée. Sans cet agent booster, il faudrait prescrire une dose plus importante d’antirétroviral, pour un même niveau d’efficacité.

Ces boosters sont généralement utilisés en complément de la classe des antiprotéases (lopinavir, darunavir, atazanavir, fosamprenavir, tipranavir, communméments appelés par leurs noms commerciaux : KALETRA ® , PREZISTA ® , REYATAZ ® , TELZIR ® , APTIVUS ® ) mais aussi avec un inhibiteur d’intégrase (comme l’elvitagravir, contenu dans le STRIBILD ®) et dans certaines combinaisons thérapeutiques contre le virus de l’hépatite C (VIEKIRA ® ).

Ritonavir et cobicistat sont métabolisés par des enzymes du foie appelés CYP2D6 et CYP3A4. Un certain nombre de drogues récréatives sont métabolisées par les mêmes enzymes, provoquant de potentielles interactions. L’effet booster ralenti alors leur dégradation par le foie, avec pour conséquence d’augmenter la concentration et la durée de vie dans le corps des produits psychoactifs. Ce qui peut mener à de sérieux effets secondaires voire à une overdose.

Quels produits sont concernés

Un certain nombre de drogues récréatives sont métabolisées soit par l’enzyme CYP2D6 du foie, ou la CYP3A4 – les mêmes métabolisées par le ritonavir et le cobicistat. Celles-ci sont :

  • – Crystal methamphetamine (crystal, tina, meth)
  • – MDMA (ecstasy, X, mandy)
  • – Mephedrone (miaw miaw, plant food, bath salts)
  • – Ketamine (K, vitamin K, special K)
  • – Médicaments contre les troubles érectiles (Viagra, Cialis, Levitra)
  • – Benzodiazepines (benzos, Valium, Xanax)

Les auteurs jugent les interactions potentielles entre les trois premiers produits comme étant plutôt « modérés ». Inversement ils estiment que les trois derniers présentent un « risque élevé » d’interactions. Par ailleurs les médicaments traitant les troubles érectiles ou encore les benzodiazepines font souvent l’objet d’une consommation « sauvage », hors circuit médical, avec un risque de prendre une dose plus conséquente.

Avec chacune de ces drogues récréatives, une interaction avec le ritonavir et le cobicistat a pour conséquence l’augmentation en intensité de leurs effets, pouvant aller à des niveaux dangereux et difficiles à gérer pour la personne.

Des cas de décès chez des personnes sous ritonavir consommant du Crystal meth ont été rapportés, ainsi que chez des personnes consommant de la MDMA. Les analyses post-mortems ont montré un niveau anormal de concentration de ces drogues récréatives dans le sang de ces individus. Des cas ont également été identifiés d’effets secondaires graves consécutifs à l’usage de Ketamine chez des personnes sous ritonavir.

Les surdoses de médicaments traitant les troubles érectiles peuvent être dangereux pour le cœur. Les surdoses de benzodiazepines peuvent quant à elles provoquer des malaises ou des troubles respiratoires.

Les auteurs indiquent ne pas connaitre les interactions liés au GHB (gamma-hydroxybutyrate) ou GBL GBL (gamma-butyrolactone) et reconnaissent que peu de cas d’interactions ont été documentés jusqu’à présents.

Drogues récréatives et inhibiteur non-nucléosidique de la transcriptase inverse
Des interactions différentes peuvent se présenter entre les drogues récréatives et les inhibiteur non-nucléosidique de la transcriptase inverse, dans la mesure où celles-ci sont métabolisés d’une autre manière. La conséquence de la combinaison des deux peut alors résulter en une concentration moins importante que prévu du produit psychoactif.

Cela concerne notamment les produits suivants : Efavirenz (SUSTIVA ®), Nevirapine (VIRAMUNE ®) et Etravirine (INTELENCE ®). Par opposition, la Rilpivirine (EDURANT ®) ne semble pas présenter d’interaction avec les drogues récréatives.

Les auteurs pensent que cette interaction peut notamment se produire avec la cocaïne, la kétamine et les médicaments traitant les troubles érectiles.

Cette classe de médicament a en effet pour conséquence d’accélérer la dégradation par le foie des drogues récréatives, ce qui signifie que les produits restent moins longtemps et à une concentration moindre qu’attendue. Bien que cela puisse sembler moins dangereux, les auteurs soulignent que si le produit n’a pas l’effet escompté par la personne, cela peut mener à une consommation plus importante ou une modification de la pratique, par injection par exemple, menant à des risques imprévisibles.

Les produits n’ayant pas d’interaction significative
Les auteurs considèrent le potentiel d’interactions entre certaines autres drogues récréatives et antirétroviraux comme étant plutôt faible. Cela inclue l’alcool, le cannabis, le poppers, l’héroine et certains autres opiacés.

De la même manière, les molécules antirétrovirales suivantes n’ont pas fait l’objet de troubles particuliers documentés :

  • – L’ensemble des Inhibiteur nucléosidique de la Transcriptase inverse,
  • – La Rilpivirine (EDURANT ® ), qui est un inhibiteur non-nucléosidique de la transcriptase inverse,
  • – Raltegravir (ISENTRESS ® ) et dolutegravir (TIVICAY ® ), qui sont des inhibiteurs d’intégrase,
  • – Maraviroc (CELSENTRI ® ), un inhibiteur de CCR5.

 

Recommandations

« Les praticiens doivent être vigilants aux épisodes et pratiques de consommation de drogues récréatives chez leurs patients afin de les informer sur les risques de toxicité, des effets secondaires liés aux produits et de potentielles interactions pouvant mener à une surdose involontaire et fatale » concluent les auteurs de l’article.

« Malgré cela, de nombreux patients ne modifieront pas leur consommation, par conséquent un switch vers une autre combinaison antirétrovirale présentant moins de risque d’interaction doit être envisagée avec le patient ».

Auteur : Roger Pebody

Cet article est une traduction du site www.aidsmap.com. Voir l’article original.

 

Références
Bracchi M et al. Increasing use of ‘party drugs’ in people living with HIV on antiretrovirals: a concern for patient safety. AIDS 29: 1585-1592, 2015.

L’université de Liverpool a par ailleurs publié un tableau des interactions entre les antirétroviraux et les drogues récréatives.

Produits | RdR | Slam | 28.05.2014 - 09 h 01 | 1 COMMENTAIRES
Slam : seringues, récupérateurs et petit matériel en accès gratuit

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Image - slamLes militants de AIDES Île-de-France tiennent une permanence dédiée au slam au 36 rue Dussoubs (2e arrondissement, M° Réaumur, Sentier ou Les Halles)) tous les jeudis de 18h à 20h.

Tu trouveras en accès libre tout le matériel stérile et à usage unique nécessaire pour un slam à moindre risque (je vous apprends rien en disant que le partage de la même seringue voire du petit matériel (coton, cuillère, tampon, etc.) entre deux ou plusieurs personnes est à haut risque de transmission du VIH et de l’hépatite C).

C’est également l’occasion de se poser, discuter de ses pratiques, partager les bonnes astuces de consommation et prendre connaissance des ressources existantes concernant l’usage de prods (infos, asso, sites web, professionnels, etc.). Il est également possible de faire un test rapide du VIH et (espérons le) bientôt de l’hépatite C.

Les militants ont un projet de développement d’un espace ressource dédié, avec notamment la production d’une vidéo d’injection à moindre risque et d’un site web faits par et pour les mecs qui slam regroupant plein d’infos, de trucs et astuces. N’hésite pas à venir en discuter sur place, ils ont besoin de volontaires !

Il est également possible de venir en dehors de cette permanence dédiée. Le local de AIDES est ouvert le Lundi de 14h à 17h, et du mardi au jeudi de 10h à 13h. Le mieux reste aussi de les appeler savoir quand tu peux passer. Tél : 01 44 82 53 14

Possibilité de discuter aussi sur BBZ, profil : Assoc AIDES2 !

Pour trouver tous les lieux où récupérer du matériel en France, quelques liens :

Dépistage | Drogue | Hépatite C | Relation médecin patient | Slam | 14.03.2012 - 13 h 58 | 15 COMMENTAIRES
L’injection chez les gays – « ça slam’ pour moi »

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Rémy a 28 ans et vit en région parisienne. Depuis plusieurs mois maintenant, il « slam’ » régulièrement. Cette pratique, qui semble se développer dans certains cercles gays des grandes métropoles, consiste à s’injecter des produits tels que la mephedrone, le 4-MEC voire de la cocaïne.

Slammer (de l’anglais, to slam/slamming) = s’injecter une drogue.

Visant à atteindre une désinhibition totale, le slam commence bien souvent dans un cadre sexuel ou festif. A la recherche de performances et de plaisirs intenses, la pratique fait pourtant plonger rapidement ceux qui s’y prêtent vers la dépendance. Celle-ci peut alors devenir problématique. Santé, boulot, argent… La difficulté à se contrôler impacte directement la vie de ceux qui consomment.

D’abord initiés au cours de soirées entre slammeurs, le glissement vers une consommation en solo se fait en quelques  mois voire quelques semaines à peine. Le profil de ces gays injecteurs, que commencent à rencontrer certains médecins, n’a pourtant rien à voir avec ceux, plus stéréotypés, des toxicomanes.

Que ce soit un phénomène en devenir ou une mode vouée à disparaître, Rémy a souhaité raconter son expérience. Un témoignage riche, pour que notre communauté, les associations et les médecins s’emparent de ces pratiques et s’organisent  face aux risques qu’elles représentent pour les slammeurs. En évitant de tomber dans l’écueil de la morale (« c’est mal », « mais que devient notre monde ? »), la question est clairement posée de savoir comment les gays, qui ont été le fer de lance du « safer sex », s’approprieront-ils désormais la culture de réduction des risques (RdR), liés à la consommation de produits ?

Témoignage recueilli par Jonathan

Comment en es-tu arrivé à « slammer » ?

Tout a commencé il y a quelques mois. Je parlais sur Internet à des mecs qui slammaient. Avant de se lancer, bien souvent il y a un passé dans la consommation de produits. On arrive pas au slam comme ça. Mais pour moi, c’était le stade à ne pas atteindre – je n’avais pas envie d’y aller.

Puis, plus j’en entendais parler, plus ça me faisait envie. Un peu comme un effet de mode. J’ai dédramatisé la pratique dans mon esprit. Tu sais, dans le slam il y a un peu le culte de la performance sexuelle, qui se mêle à l’envie d’aller toujours plus loin. En plus les mecs avec qui j’en parlais étaient plutôt mignons, me plaisaient et je me sentais vraiment à l’aise et en confiance. Alors j’ai eu envie d’y aller.

Comment s’est passé ton premier slam ?

Je me suis rendu chez un couple de mecs qui slammaient déjà. Avec internet, sur certains sites sur lesquels je suis inscrit, ce n’est pas bien compliqué à trouver. Quand tu vois marqué « chems++++ » (chems = ‘produits’ en anglais, ndlr) sur le profil d’un mec, ça ne fait pas trop de doute, pour moi, sur leurs pratiques.

Ce soir là je n’étais pas seul à m’initier. Il y avait un autre gars qui, comme moi, venait découvrir la pratique pour le première fois. Ça avait un côté rassurant de ne pas être le seul. On a bien discuté avant, puis on l’a fait. Comme je ne connaissais pas les gestes pour s’injecter, ils m’ont fait le slam. Pour qu’on évite de se partager les seringues et le matériel, on a pris une feuille de papier et tracé des colonnes avec nos noms dans lesquelles chacun avait son matos.

Quels sont les effets que ça procure ?

Une fois le slam fait, les effets se font vite ressentir. Ça me détend, je parle beaucoup plus facilement, je me sens détendu et très sociable. Je me sens bien et l’excitation est très forte. Tu peux alors baiser pendant des heures et des heures – de toute façon c’est presque impossible de jouir. Le niveau de plaisir est vraiment très intense.

Les sens sont aussi démultipliés 10x, 20x ! Un peu de lumière peut vite devenir éblouissant d’ailleurs. Le bruit est aussi gênant. Le plan se passe alors dans une grande pénombre et au calme.

N’y a-t’il pas des risques d’overdose ?

Les produits que j’utilise sont surtout le 4-MEC-Crystal ou la mephedrone – des cristaux que l’on fait fondre dans la cuillère avant de les injecter avec de l’eau stérile. Ce sont des produits qui sont moins à risque d’overdose, je crois. Pour le moment j’ai toujours refusé de m’injecter de la cocaïne – c’est une limite que j’essaie de ne pas franchir. Maintenant je sais que si je suis perché, au cours d’une soirée, et qu’on m’en propose, j’aurais peut être plus de mal à dire non.

Les prods’ que je prends sont des amphétamine. C’est coupe-faim et coupe-soif. Tu peux vites te déshydrater et assécher tes muqueuses. Je me sens souvent « desséché » quand je slam.

Tu me dis que le plan peut durer des heures, comment ça se passe ?

Le produit procure des effets pendant environs 1h/1h30. Au cours d’une nuit tu peux donc slammer près d’une dizaine de fois. Au bout de la 5e ou de la 6e, « l’effet de montée » ne se fait plus autant ressentir, me poussant alors à en prendre toujours plus. Le rapport au temps est totalement différent : tu peux avoir l’impression que 3h viennent de s’écouler, alors qu’en fait il s’en est passé beaucoup plus. Parfois j’ai même l’impression d’avoir des black-outs, je ne sais plus trop ce qui s’est passé.

Et comment gères-tu la descente ?

La descente n’est pas forcément dure, au début – et puis le pétard aide bien. Par contre les jours qui suivent sont difficiles à gérer, avec de gros coups de blues ou des envies soudaines de slammer de nouveau. Dans ces moments là je prends ma carte bancaire et je commande sur internet. C’est très facile de trouver mes prods. D’autant que plus tu commandes, moins c’est cher…

Comment ton rapport au slam a-t-il évolué, au fil des mois ?

En l’espace de 5 ou 6 mois, je suis passé d’un slam par mois à un voire plusieurs par semaine. L’addiction vient très vite. Une fois que j’ai commencé à stocker chez moi mon propre matériel et des prods’, j’ai commencé à pratiquer seul.

Quand je suis seul et que je m’ennuie, je peux me faire un slam. Je vais alors sur des sites de rencontre, histoire de trouver des mecs avec qui baiser. Ça peut durer longtemps… une fois j’ai passé trois jours non-stop à me branler, draguer, niker, slammer et ainsi de suite. Je suis incapable de dire combien de fois… Çà a duré au moins 12h… du moins c’est ce que je pensais. Ça avait en fait duré trois jours, durant lesquels je n’étais pas allé bossé…

Quel impacte cela-a-t-il sur ta vie quotidienne ?

En plus du rapport au temps qui devient complexe, je suis vite tombé dans l’engrenage du slam. Je claque beaucoup d’argent – rien qu’au mois de janvier entre les produits et parfois le taxi pour aller voir un dealer à l’autre bout de Paris, au milieu de la nuit, j’ai dépensé entre 450 et 500€. Voilà à quoi a servit mon 13e mois…

Je me sens souvent dans le bad. Pas d’humeur. Pas de motivation.

L’injection présente des risques somatiques (abcès) ou infectieux lorsqu’elle est pratiquée à plusieurs, comme pour l’hépatite C. Comment gères-tu ces risques ?

Quand j’ai commencé à slammer seul, je me suis défoncé le bras. J’avais juste vu cela sur les autres ou c’était toujours quelqu’un d’autre qui me le faisait. Le pire c’est que j’avais des notions de RdR (réduction des risques liés à l’injection, ndlr), mais voilà je ne savais pas comment mettre l’aiguille, quel angle d’entrée avoir, comment bien viser. Je me suis toujours injecté sur le bras gauche pour garder un bras sans dommage pour les prises de sang. J’ai bien essayé de regarder sur internet pour voir comment le faire, notamment sur le site d’ASUD (Association d’auto-support auprès des Usagers de Drogues, ndlr). Mais aujourd’hui ça devient de plus en plus difficile d’y arriver. Mes veines sont abîmées. Et crois moi, quand tu te loupes, que l’aiguille rate la veine, tu souffres. Et ça fait un abcès.

Il y a un vrai besoin d’être accompagné dans le slam. Pour apprendre les bons gestes, notamment avec d’autres mecs qui slamment eux aussi et qui savent bien faire.

Je fais toujours très attention à l’hygiène et à ne pas partager la seringue et le petit matériel (cuillère, filtre, coton, etc., ndlr). Quand on est plusieurs, chacun a un plateau avec son propre matos. Une fois je faisais une soirée avec un mec qui est porteur du virus de l’hépatite C. A un moment il s’est retourné et, sans faire exprès, m’a griffé avec l’aiguille. On a pas vu de sang et on a désinfecté très rapidement. Mais j’ai vraiment flippé car il n’y a pas de traitement d’urgence pour l’hépatite C. Lorsque je suis allé me faire dépister, j’ai vraiment eu très peur.

Justement comment abordes-tu cela avec les professionnels de santé ?

Au « 190 » (Centre de Santé sexuelle à Paris, ndlr) j’ai pu en parler assez facilement avec le médecin. Il n’avait pas forcément de conseils à donner mais m’a écouté. Il m’a dit rencontrer de plus en plus de mecs qui slamment et se contaminent à l’hépatite C. Il s’agit apparemment de profils totalement nouveaux – que les médecins ne voyaient pas avant. Ce n’est pas le tox avec ses chiens qui vit dans les squattes. Le contexte de ces personnes est totalement différent. Ce peut être le boulanger ou le fleuriste du coin venant consulter et qui découvrent qu’ils ont chopée l’hépatite C au cours d’une soirée à slammer. Et il y en a de tous les âges.

Et dans ton entourage, comment en parles-tu ?

J’ai une amie à qui j’en parle. Elle m’écoute et ça compte beaucoup. C’est important aussi de discuter avec d’autres personnes qui vivent la même chose, d’autres slammeurs.

Comment envisages-tu la suite ?

J’en ai marre du trash, de l’absence de contrôle et du sans limite. Je n’ai plus envie de rencontrer de nouvelles personnes qui slamment. Je veux juste me poser, rencontrer quelqu’un qui m’apporterait un cadre. C’est quand je suis seul, que je m’ennuie et cogite sur mon cadre de vie merdique que je slamme. Parce que ça m’aide à me sentir bien, je me défonce.

C’est en m’occupant, en étant avec des gens que je sortirai de cette spirale. Je veux arriver à me fixer des limites, pouvoir slammer, mais juste une fois de temps en temps en soirée, comme ça. Contrôler, ne plus être dans la dépendance physique.

Lorsque je m’occupe à autre chose pendant une longue période j’ai vraiment l’impression de revivre.

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