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Gay, Ma Santé !
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Dépistage | Handicap | Relation médecin patient | Rencontres | santé sexuelle | VIH/Sida | 15.04.2014 - 17 h 52 | 4 COMMENTAIRES
Handicap & Sexe : « Le BDSM permet de ressentir son corps »

Entretien. Janvier 2014, après un fast-food dégueulasse, nous voila avec Fabrice assis face à face pour préparer un entretien un peu particulier. Cela fait bien longtemps que je souhaitais publier sur ce blog un texte sur les homos, le handicap et le sexe, mais sans trouver vraiment d’accroche originale par rapport à ce qui a déjà été dit. Fabrice me montrera que tout n’a justement pas été dit, notamment par les personnes en situation de handicap elles-mêmes, dont la parole est trop souvent confisquée par les professionnels de santé. Malgré son handicap, en raison de complications survenue à la naissance, Fabrice n’a jamais renoncé à explorer les rencontres, les relations et le sexe. Un chemin semé d’embuches qu’il nous raconte avec courage, pudeur et sincérité. Le « on » a parfois du mal à laisser place au « je ». Car quand on est gay et que l’on vit avec un handicap, il n’est pas facile de parler sexe à la première personne. Mais c’est bien de lui dont il nous parlera, alors big up Fabrice !

 

Vincent – Avant de commencer, quelles expressions dois-je bannir de mon vocabulaire lorsque je parle de handicap ?

Fabrice – Tu dis bien ce que tu veux. Je préfère personnellement parler de « personnes en situation de handicap » plutôt que de « personne handicapée ». Car c’est bien la société qui en étant inaccessible, à certains endroits ou à certains moments, met des personnes en situation de handicap.

Je retiens ! Tu me parles un peu de ton parcours…

J’ai des problèmes psychomoteurs qui se traduisent par une marche retardée, une difficulté à l’écrit et dans l’élocution, depuis ma naissance. Durant mon enfance et mon adolescence j’ai été placé dans des institutions. Pour autant, j’ai toujours essayé de m’intégrer au milieu de personnes valides. Par exemple, on voulait me placer dans des structures d’accueil de travailleurs en situation de handicap, dans lesquelles on fait un boulot mal payé et pas intéressant, comme du pliage d’enveloppes. Ces structures sont nécessaires et utiles, en fonction du handicap. Mais je ne trouvais pas ma place, c’est un milieu protégé qui ne me correspondait pas.

Il en est allé de même dans ma vie sexuelle, puisque j’ai toujours eu davantage de rapports avec des personnes valides. Auparavant je vivais une sexualité clandestine. Je disais être hétéro, alors même que très tôt, j’ai su être attiré aussi bien par les garçons que par les filles. Il faut dire que dans les institutions spécialisées on ne parlait pas beaucoup de sexualité avec les professionnels, à mon époque en tout cas. C’était même interdit d’avoir des rapports sexuels, on risquait le renvoi ! Tu imagines l’image négative que cela nous donnait de la sexualité ? Pour autant il y avait bien une sexualité, ou en tout cas des contacts physiques. Mais c’était caché. On en discutait aussi, enfin on parlait surtout des rapports entre garçons et fille. Comme beaucoup de personnes de mon âge, j’étais dans l’interrogation sur ma sexualité et aujourd’hui je me définis comme homo.

J’ai commencé à avoir mes premiers rapports sexuels vers l’âge de 25 ans. Je fréquente beaucoup les saunas et les boites de nuits et fait des rencontres par Internet principalement. D’ailleurs j’ai eu le droit aux moqueries ou au regard des autres. Cela peut atteindre l’estime de soi. Mais j’ai travaillé là dessus et ça m’a rendu plus fort. Et heureusement, tout le monde ne se moque pas.

Sur ce blog on parle beaucoup des enjeux de santé des gays et en particulier de la gestion du risque dans un cadre sexuel. Comment ça se passe pour toi ?

Quand on est une personne en situations de handicap, on peut parfois être vulnérables. On a tellement peu de relations que l’on est plus facilement tenté de dire oui pour des situations qui sont pourtant de vrais risques. Il m’est arrivé d’être tenté, lorsqu’on me proposait des rapports sans préservatif alors que je veux me protéger.

En raison de mes problèmes de psychomotricité, j’ai parfois aussi du mal à mettre un préservatif. Enfin il y a d’autres fois où, comme tout le monde, lorsque je fais des rencontres, il m’arrive aussi de prendre des risques sur le moment, sur le coup de l’excitation.

Ce dont tu me parles souligne l’importance aussi d’avoir un suivi régulier. Comment abordes-tu ta vie sexuelle avec un médecin ?

Je ne ressens pas le besoin d’aller voir un médecin. Je n’ai pas beaucoup de rapports sexuels, alors bon… Tu sais, j’ai eu affaire aux médecins et aux professionnels toute ma vie. Maintenant, j’en ai un peu marre… Non, quand je vois un professionnel, je ne parle pas de ma sexualité. Il m’est arrivé une fois de demander un test du VIH à un médecin. Mais c’était pour éviter de faire prendre un risque à un garçon. J’ai toujours privilégié les autres par rapport à moi, que ce soit la santé ou le reste. A vrai dire, ma santé n’a jamais eu beaucoup d’importance à mes yeux.

Si je comprends bien, prendre soin de sa santé est très lié à l’estime de soi ?

C’est ça. Néanmoins je vais essayer d’aller au Centre de santé sexuelle, le « 190 » et peut être que ce sera plus simple là-bas.

Tu me raconteras alors ! Ce que tu me dis pose aussi la question des espaces d’échanges et de discussions qui existent lorsqu’on vit avec un handicap et que l’on est aussi attiré par les personnes du même sexe…

Je suis allé à plusieurs reprises dans des associations LGBT. J’ai aussi participé à des rencontres de la communauté. Mais sans jamais réellement trouver ma place. Puis un jour, j’ai rencontré un militant de l’association AIDES. Il m’a dit tout de suite « toi, ça se voit que t’es gay ». J’ai paniqué. Personne dans ma famille ou parmi mes amis n’était au courant, j’avais peur que ça se voit. Et finalement il m’a proposé de participer à des ateliers dans son association. J’ai trouvé là un espace où parler de santé et sexualité dans un cadre convivial.

C’est vrai que maintenant je fais des dépistages du VIH plus régulièrement mais uniquement avec des personnes de confiance à AIDES. J’ai même commencé à participer à des activités de l’association et pour la première fois je me suis mis nu avec d’autres militants sur une plage naturiste sur laquelle ils interviennent l’été.

Pour autant même auprès de personnes avec qui je discute longuement et qui m’acceptent comme je suis, dans les associations notamment, ça reste difficile de faire des rencontres.

J’ai cru comprendre que tu avais monté un projet sur la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. Comment t’est venu ce projet ?

Quand j’étais plus jeune j’écoutais « Love in Fun » sur FunRadio – une émission où les jeunes posaient des questions sur la sexualité, de manière très ouverte. Et je me suis dit qu’il y avait quelque chose de similaire à faire pour les personnes en situation de handicap. Avec plusieurs autres personnes nous avons alors monté une association et notre première initiative fut de lancer une émission radio, diffusée sur Handi F.M. Une fois par mois nous parlions à l’antenne de la vie affective et sexuelle lorsque l’on est en situation de handicap. Nous essayions aussi de mettre en place des distributeurs de capotes dans les institutions. Mais il faut avouer qu’il y avait de nombreuses réactions négatives de la part des professionnels qui considèrent que c’est de l’incitation alors que le règlement interdit tout rapport. Nous mettons également des espaces de parole et d’informations sur la vie affective et sexuelle

Il y a souvent l’amalgame entre vie sexuelle d’une personne en situation de handicap et violence sexuelle, n’est-ce pas ?

Ces violences existent. Dans certain établissements. On ne laisse par exemple pas le choix entre les différents moyens de contraception (pilule uniquement), il y a des cas de stérilisations. Sans parler du manque de respect de l’intimité, en nous baladant nu dans les institutions.  En rentant dans la chambre des résidents sont parfois frappés. Il y a des viols aussi. Toutes ces violences viennent des professionnels ou des autres résidents et sont principalement à l’encontre des femmes. Pour autant c’est très difficile de faire comprendre que notre sexualité ne se résume pas à la violence et que nous avons le droit à une vie affective et sexuelle.

Dans mon entourage il y a même des personnes en situation de handicap qui kiffent le BDSM. Cela leur permet de ressentir leur corps et d’être maître de la douleur qu’elles ressentent, alors que depuis des années celui-ci est meurtri et manipulé par des professionnels inconnus.

Un article publié récemment par Gabriel Girard intitulé « un libre-choix en matière de prévention du Sida ?» souligne que les débats autour de la prévention se focalisent beaucoup plus sur l’acceptation ou le rejet dans la communauté des prises de risque sexuelle que sur les inégalités sociales qui font que l’on est plus ou moins en capacité de prendre soin de sa santé et de se protéger. Il prend pour exemple l’essai de prévention Ipergay sur lequel on entend s’exprimer que des « blancs cisgenre de la classe moyenne […] »… Toi tu es black, homo et en situation de handicap : tu penses quoi de la PrEP [médicament préventif contre le VIH] et des expérimentations en cours ?

Tout le monde pratique le sexe, quelque soit le groupe d’appartenance. Quand je vais au sauna je le vois bien. Seulement, exprimer ses besoins et ses prises de risque n’est pas accessible à tout le monde. Déjà qu’il est difficile d’assumer le fait de prendre des risques. Alors quand en plus on appartient par ses origines à un système de valeurs culturelles et familiales différentes, c’est un dépassement supplémentaire à faire pour pouvoir s’exprimer sur ce sujet.

De mon point de vue, je vois dans la PrEP une super opportunité pour les personnes en situation de handicap. Pour autant je ne me retrouve pas dans la communication de l’essai Ipergay qui vise trop le profil du jeune gay hédoniste. Quand tu as des difficultés psychomotrices qui font qu’il est juste pas possible de mettre une capote et que tu ne te vois pas demander à une tierce personne de venir dérouler le préservatif sur ton sexe, comment tu fais ? Je vois dans l’idée des PrEP une solution intéressante à ce problème là.

Tu parles des tierces personnes. Justement, comment te positionnes-tu dans le débat sur l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap, débat qui a tout simplement été balayé d’un revers de la main par le projet de loi sur l’abolition de la prostitution ?

Je suis bien évidemment favorable à l’accompagnement érotique et sexuel. D’une part car ce sera toujours à la demande de la personne et jamais contre son gré – à partir de là, on ne peut pas dire que c’est une violence car tout le monde est consentant. Cela peut se faire si l’on propose un cadre précis. Par exemple que les personnes volontaires pour faire cet accompagnement puissent être formées sur les spécificités du handicaps. Aujourd’hui les quelques situations qui existent le sont de manière clandestine.  Mais l’accompagnement érotique et sexuel n’est pas la seule mesure à mettre en place. Il faudrait aussi une grande enquête sur la sexualité des personnes en situations de handicap, l’accessibilité à des structures de sante comme les centres de dépistage anonyme et gratuit, centres de planification. La formation du professionnel qui travaille dans les centres médico-sociaux est très importante… sans parler de l’accessibilité des lieux de loisirs tels que les bars ou les saunas !

Merci Fabrice !

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Quelques liens utiles :

Ma sexualité n’est pas un handicap – 25 avril 2014

Rencontres nationales de personnes avec handicap, de leurs familles et de professionnels de l’accompagnement pour un partage d’expériences et de réponses autour de la sexualité.

www.masexualitenestpasunhandicap.fr

Handivol

L’Association Handivol a pour but de promouvoir l’affectif, la sexualité parmi les jeunes et adultes handicapé, afin de faciliter la communication, la rencontre, et l’intégration social et citoyenne de tous.

handivol.org

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