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Gay, Ma Santé !
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Dépistage | Handicap | Relation médecin patient | Rencontres | santé sexuelle | VIH/Sida | 15.04.2014 - 17 h 52 | 4 COMMENTAIRES
Handicap & Sexe : « Le BDSM permet de ressentir son corps »

Entretien. Janvier 2014, après un fast-food dégueulasse, nous voila avec Fabrice assis face à face pour préparer un entretien un peu particulier. Cela fait bien longtemps que je souhaitais publier sur ce blog un texte sur les homos, le handicap et le sexe, mais sans trouver vraiment d’accroche originale par rapport à ce qui a déjà été dit. Fabrice me montrera que tout n’a justement pas été dit, notamment par les personnes en situation de handicap elles-mêmes, dont la parole est trop souvent confisquée par les professionnels de santé. Malgré son handicap, en raison de complications survenue à la naissance, Fabrice n’a jamais renoncé à explorer les rencontres, les relations et le sexe. Un chemin semé d’embuches qu’il nous raconte avec courage, pudeur et sincérité. Le « on » a parfois du mal à laisser place au « je ». Car quand on est gay et que l’on vit avec un handicap, il n’est pas facile de parler sexe à la première personne. Mais c’est bien de lui dont il nous parlera, alors big up Fabrice !

 

Vincent – Avant de commencer, quelles expressions dois-je bannir de mon vocabulaire lorsque je parle de handicap ?

Fabrice – Tu dis bien ce que tu veux. Je préfère personnellement parler de « personnes en situation de handicap » plutôt que de « personne handicapée ». Car c’est bien la société qui en étant inaccessible, à certains endroits ou à certains moments, met des personnes en situation de handicap.

Je retiens ! Tu me parles un peu de ton parcours…

J’ai des problèmes psychomoteurs qui se traduisent par une marche retardée, une difficulté à l’écrit et dans l’élocution, depuis ma naissance. Durant mon enfance et mon adolescence j’ai été placé dans des institutions. Pour autant, j’ai toujours essayé de m’intégrer au milieu de personnes valides. Par exemple, on voulait me placer dans des structures d’accueil de travailleurs en situation de handicap, dans lesquelles on fait un boulot mal payé et pas intéressant, comme du pliage d’enveloppes. Ces structures sont nécessaires et utiles, en fonction du handicap. Mais je ne trouvais pas ma place, c’est un milieu protégé qui ne me correspondait pas.

Il en est allé de même dans ma vie sexuelle, puisque j’ai toujours eu davantage de rapports avec des personnes valides. Auparavant je vivais une sexualité clandestine. Je disais être hétéro, alors même que très tôt, j’ai su être attiré aussi bien par les garçons que par les filles. Il faut dire que dans les institutions spécialisées on ne parlait pas beaucoup de sexualité avec les professionnels, à mon époque en tout cas. C’était même interdit d’avoir des rapports sexuels, on risquait le renvoi ! Tu imagines l’image négative que cela nous donnait de la sexualité ? Pour autant il y avait bien une sexualité, ou en tout cas des contacts physiques. Mais c’était caché. On en discutait aussi, enfin on parlait surtout des rapports entre garçons et fille. Comme beaucoup de personnes de mon âge, j’étais dans l’interrogation sur ma sexualité et aujourd’hui je me définis comme homo.

J’ai commencé à avoir mes premiers rapports sexuels vers l’âge de 25 ans. Je fréquente beaucoup les saunas et les boites de nuits et fait des rencontres par Internet principalement. D’ailleurs j’ai eu le droit aux moqueries ou au regard des autres. Cela peut atteindre l’estime de soi. Mais j’ai travaillé là dessus et ça m’a rendu plus fort. Et heureusement, tout le monde ne se moque pas.

Sur ce blog on parle beaucoup des enjeux de santé des gays et en particulier de la gestion du risque dans un cadre sexuel. Comment ça se passe pour toi ?

Quand on est une personne en situations de handicap, on peut parfois être vulnérables. On a tellement peu de relations que l’on est plus facilement tenté de dire oui pour des situations qui sont pourtant de vrais risques. Il m’est arrivé d’être tenté, lorsqu’on me proposait des rapports sans préservatif alors que je veux me protéger.

En raison de mes problèmes de psychomotricité, j’ai parfois aussi du mal à mettre un préservatif. Enfin il y a d’autres fois où, comme tout le monde, lorsque je fais des rencontres, il m’arrive aussi de prendre des risques sur le moment, sur le coup de l’excitation.

Ce dont tu me parles souligne l’importance aussi d’avoir un suivi régulier. Comment abordes-tu ta vie sexuelle avec un médecin ?

Je ne ressens pas le besoin d’aller voir un médecin. Je n’ai pas beaucoup de rapports sexuels, alors bon… Tu sais, j’ai eu affaire aux médecins et aux professionnels toute ma vie. Maintenant, j’en ai un peu marre… Non, quand je vois un professionnel, je ne parle pas de ma sexualité. Il m’est arrivé une fois de demander un test du VIH à un médecin. Mais c’était pour éviter de faire prendre un risque à un garçon. J’ai toujours privilégié les autres par rapport à moi, que ce soit la santé ou le reste. A vrai dire, ma santé n’a jamais eu beaucoup d’importance à mes yeux.

Si je comprends bien, prendre soin de sa santé est très lié à l’estime de soi ?

C’est ça. Néanmoins je vais essayer d’aller au Centre de santé sexuelle, le « 190 » et peut être que ce sera plus simple là-bas.

Tu me raconteras alors ! Ce que tu me dis pose aussi la question des espaces d’échanges et de discussions qui existent lorsqu’on vit avec un handicap et que l’on est aussi attiré par les personnes du même sexe…

Je suis allé à plusieurs reprises dans des associations LGBT. J’ai aussi participé à des rencontres de la communauté. Mais sans jamais réellement trouver ma place. Puis un jour, j’ai rencontré un militant de l’association AIDES. Il m’a dit tout de suite « toi, ça se voit que t’es gay ». J’ai paniqué. Personne dans ma famille ou parmi mes amis n’était au courant, j’avais peur que ça se voit. Et finalement il m’a proposé de participer à des ateliers dans son association. J’ai trouvé là un espace où parler de santé et sexualité dans un cadre convivial.

C’est vrai que maintenant je fais des dépistages du VIH plus régulièrement mais uniquement avec des personnes de confiance à AIDES. J’ai même commencé à participer à des activités de l’association et pour la première fois je me suis mis nu avec d’autres militants sur une plage naturiste sur laquelle ils interviennent l’été.

Pour autant même auprès de personnes avec qui je discute longuement et qui m’acceptent comme je suis, dans les associations notamment, ça reste difficile de faire des rencontres.

J’ai cru comprendre que tu avais monté un projet sur la vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap. Comment t’est venu ce projet ?

Quand j’étais plus jeune j’écoutais « Love in Fun » sur FunRadio – une émission où les jeunes posaient des questions sur la sexualité, de manière très ouverte. Et je me suis dit qu’il y avait quelque chose de similaire à faire pour les personnes en situation de handicap. Avec plusieurs autres personnes nous avons alors monté une association et notre première initiative fut de lancer une émission radio, diffusée sur Handi F.M. Une fois par mois nous parlions à l’antenne de la vie affective et sexuelle lorsque l’on est en situation de handicap. Nous essayions aussi de mettre en place des distributeurs de capotes dans les institutions. Mais il faut avouer qu’il y avait de nombreuses réactions négatives de la part des professionnels qui considèrent que c’est de l’incitation alors que le règlement interdit tout rapport. Nous mettons également des espaces de parole et d’informations sur la vie affective et sexuelle

Il y a souvent l’amalgame entre vie sexuelle d’une personne en situation de handicap et violence sexuelle, n’est-ce pas ?

Ces violences existent. Dans certain établissements. On ne laisse par exemple pas le choix entre les différents moyens de contraception (pilule uniquement), il y a des cas de stérilisations. Sans parler du manque de respect de l’intimité, en nous baladant nu dans les institutions.  En rentant dans la chambre des résidents sont parfois frappés. Il y a des viols aussi. Toutes ces violences viennent des professionnels ou des autres résidents et sont principalement à l’encontre des femmes. Pour autant c’est très difficile de faire comprendre que notre sexualité ne se résume pas à la violence et que nous avons le droit à une vie affective et sexuelle.

Dans mon entourage il y a même des personnes en situation de handicap qui kiffent le BDSM. Cela leur permet de ressentir leur corps et d’être maître de la douleur qu’elles ressentent, alors que depuis des années celui-ci est meurtri et manipulé par des professionnels inconnus.

Un article publié récemment par Gabriel Girard intitulé « un libre-choix en matière de prévention du Sida ?» souligne que les débats autour de la prévention se focalisent beaucoup plus sur l’acceptation ou le rejet dans la communauté des prises de risque sexuelle que sur les inégalités sociales qui font que l’on est plus ou moins en capacité de prendre soin de sa santé et de se protéger. Il prend pour exemple l’essai de prévention Ipergay sur lequel on entend s’exprimer que des « blancs cisgenre de la classe moyenne […] »… Toi tu es black, homo et en situation de handicap : tu penses quoi de la PrEP [médicament préventif contre le VIH] et des expérimentations en cours ?

Tout le monde pratique le sexe, quelque soit le groupe d’appartenance. Quand je vais au sauna je le vois bien. Seulement, exprimer ses besoins et ses prises de risque n’est pas accessible à tout le monde. Déjà qu’il est difficile d’assumer le fait de prendre des risques. Alors quand en plus on appartient par ses origines à un système de valeurs culturelles et familiales différentes, c’est un dépassement supplémentaire à faire pour pouvoir s’exprimer sur ce sujet.

De mon point de vue, je vois dans la PrEP une super opportunité pour les personnes en situation de handicap. Pour autant je ne me retrouve pas dans la communication de l’essai Ipergay qui vise trop le profil du jeune gay hédoniste. Quand tu as des difficultés psychomotrices qui font qu’il est juste pas possible de mettre une capote et que tu ne te vois pas demander à une tierce personne de venir dérouler le préservatif sur ton sexe, comment tu fais ? Je vois dans l’idée des PrEP une solution intéressante à ce problème là.

Tu parles des tierces personnes. Justement, comment te positionnes-tu dans le débat sur l’accompagnement sexuel des personnes en situation de handicap, débat qui a tout simplement été balayé d’un revers de la main par le projet de loi sur l’abolition de la prostitution ?

Je suis bien évidemment favorable à l’accompagnement érotique et sexuel. D’une part car ce sera toujours à la demande de la personne et jamais contre son gré – à partir de là, on ne peut pas dire que c’est une violence car tout le monde est consentant. Cela peut se faire si l’on propose un cadre précis. Par exemple que les personnes volontaires pour faire cet accompagnement puissent être formées sur les spécificités du handicaps. Aujourd’hui les quelques situations qui existent le sont de manière clandestine.  Mais l’accompagnement érotique et sexuel n’est pas la seule mesure à mettre en place. Il faudrait aussi une grande enquête sur la sexualité des personnes en situations de handicap, l’accessibilité à des structures de sante comme les centres de dépistage anonyme et gratuit, centres de planification. La formation du professionnel qui travaille dans les centres médico-sociaux est très importante… sans parler de l’accessibilité des lieux de loisirs tels que les bars ou les saunas !

Merci Fabrice !

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Quelques liens utiles :

Ma sexualité n’est pas un handicap – 25 avril 2014

Rencontres nationales de personnes avec handicap, de leurs familles et de professionnels de l’accompagnement pour un partage d’expériences et de réponses autour de la sexualité.

www.masexualitenestpasunhandicap.fr

Handivol

L’Association Handivol a pour but de promouvoir l’affectif, la sexualité parmi les jeunes et adultes handicapé, afin de faciliter la communication, la rencontre, et l’intégration social et citoyenne de tous.

handivol.org

Dépistage | Drogue | Hépatite C | IST | santé sexuelle | VIH/Sida | 12.03.2014 - 16 h 08 | 4 COMMENTAIRES
L’Europe des backrooms

Drug, sex & electro

lab.oratory

Berlin, Cologne, Bruxelles, Gran Canaria… autant de villes qui raisonnent dans l’esprit de pas mal de mecs gays comme des lieux de pèlerinages incontournables de la culture hypersexuelle. Le développement des transports à bas prix couplé à la circulation plutôt facile au sein de l’espace Schengen ont sans aucun doute contribué à l’émergence d’une scène gay européenne.

J’aime la musique. Mais ma spécialité, ce sont les backrooms. Et quel plaisir ! Pour me rendre de temps à autres aux grandes soirées electro-sex et événements gays en Europe, l’excitation est toujours au rendez-vous. Toutes les nationalités sont réunies, l’attractivité dépasse les frontières  du Vieux Continent – on parle tous le même langage, un mélange entre le globish, le jockstrap et le cuir fétiche.

Musique cadencée et industrielle en fond sonore, torse-nu en petit short et bretelles, ma fiole de poppers dans la main droite, je traverse les couloirs enivrants et agréablement étouffants des corridors sombres, me frayant un chemin à travers la centaine de gars de tous horizons devant moi, certains perchés à la md’, meph’ et autres stimulants, à la recherche du prochains avec lequel baiser.

Même langage, mêmes codes… mêmes virus

Loin de chez moi je ressens à chaque fois la même sensation de liberté et de détachement. Parfois aussi, il faut l’avouer, de chaos. Notamment face à la difficulté d’assumer l’animosité qui m’habite à l’occasion de ces marathons sexuels auxquels je m’adonne, plusieurs heures durant et every single fucking day de ces voyages sexuels.

EuropeMapByNightAprès coup, c’est un peu la descente… avec combien de mecs est-ce que j’ai niké ? Ce soir là j’avais bien assuré en mettant une capote à chaque fois… putain pourquoi ce soir j’ai autant déconné ?

Derrière l’enfer paradisiaque des scènes sexuelles gays internationales se cache aussi une dure réalité : on estime qu’un tiers des mecs gays européens diagnostiqués pour le VIH se sont contaminés à l’étranger (1).

Il n’y a rien de bien nouveau dans une tel constat : le développement des voyages a toujours été une cause majeure de la propagation des épidémies. Souvenez-vous des maladies importées en Amérique Latine par les colons européens. La consommation sexuelle importante au sein d’un groupe, mine de rien assez restreint (les hommes gays sexuellement actifs), favorise la circulation rapide des infections sexuellement transmissibles. La question soulevée est alors plutôt de savoir quelles réponses apporter ?

L’Europe de la santé gay

Les discours de type « à Barcelone personne ne se protège », « à la Démence tu rentres ‘clean’ et tu ressors avec une chaude-pisse » sont totalement stériles. J’ai toujours été agréablement surpris par le nombre de mecs qui prenaient l’initiative de mettre une capote au Laboratory à Berlin ou à la Démence contrairement aux idées-reçues. Par ailleurs, il existe des soirées où la couleur est clairement affichée à l’image des « biohazard party » où le thème est le sexe sans capote entre séropo. Ca a le mérite de clarifier le niveau de risque auquel on s’expose, notamment pour l’hépatite C.

Force est de constater pour autant qu’il n’est pas rare de revenir de weekend avec une mauvaise surprise. Peut-on dès lors éviter cela ? Ou tout du moins réduire les risques ? Pour le coup, nous avons à faire à un public que l’on connait, facilement accessible et aux besoins clairement identifiés. En tout cas connus des associations de prévention dans toute l’Europe et auquel doit être proposé des services renforcés en santé sexuelle.

Notre communauté est le meilleur espace d’élaboration de réponses à ces besoins car nous savons où, quand et comment s’adresser à nos pairs. J’imagine bien une « fucking trousse » distribuée au départ du bus de la Démence, sur les sites des différentes soirées et comprenant capotes, gel, auto-tests du VIH et les adresses des lieux où trouver un traitement d’urgence à Barça, Tenerife, Berlin, Paris, Bruxelles… voire comprenant une boîte de Truvada (cachet permettant de prévenir de l’acquisition du VIH lorsqu’il est bien pris). …

Je rêve d’un supplément « Safer Sex » au guide Spartacus dans sa version papier ou smartphone permettant de trouver facilement le nécessaire pour prendre soin de son cul.

… Enfin je kifferai des équipes de prévention internationales sur les grands évènements sexuels gays, sillonnant les spots à la rencontre des mecs pour proposer dépistages complets, matis de prévention, orientation vers le traitement d’urgence, etc. Un peu à l’image de ce que AIDES a fait pendant l’Europride (voir ici).

(1) Fernández-Dávila P et al. Mobile men who have sex with men: an exploration in European residents of sexual risk taking while travelling abroad. 19th International AIDS Conference, Washington, abstract THPE373, 2012

Cul | Dépistage | Général | Homophobie | VIH/Sida | 03.01.2013 - 00 h 40 | 1 COMMENTAIRES
2013… et si on changeait de regard pour de bon sur le VIH ?

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Regard 2013

Après une carence d’articles… On est reparti comme en ’40 sur une bonne lancée… ! Un peu comme une bonne résolution que l’on va essayer de tenir ! La fin du monde n’a pas eu lieu au dernier solstice d’hiver… place à une nouvelle ère mais du coup… et si on changeait de regard sur le VIH pour de bon ? Beaucoup de vœux seraient souhaitables pour cette nouvelle année qui s’engage… !

2013… année folle… année du mariage ? Folle oui… mais les seules folles qui soient sont celles qui déchargent leur haine nauséabonde que l’on pensait être l’adage du Moyen-Âge… ! Quel rapport avec le VIH vous allez me dire ? Il ne faut pas aller chercher bien loin… La lutte contre le VIH/Sida ne peut pas aller sans une lutte contre les discriminations, notamment la lutte contre l’homophobie. Et comme le disait à très juste titre un des enfants de couples homoparentaux qui a été auditionné à l’assemblée récemment, la question latente derrière tous les débats qu’il y a actuellement n’est bien souvent pas tant « pour ou contre le mariage et l’adoption ouverts aux couples homosexuels » mais plutôt « pour ou contre l’homosexualité », comme si elle représentait un danger pour notre société, comme si c’était toujours considéré comme une maladie, une déviance… ! Or ce débat, et cette discrimination étatique qui est toujours en place, nuisent à l’estime de soi de beaucoup de gays, étant relégués à l’état de « sous-citoyen ». La mauvaise estime de soi, en plus de créer un surtaux de suicide chez les jeunes gays, est aussi un facteur de prises de risques sexuels ! Bien souvent, quand on n’est pas très bien dans sa peau, ce n’est pas toujours évident de prendre soin de sa santé, ce n’est pas une priorité… la sexualité peut parfois être utilisée comme un exutoire… les prises de risques peuvent plus facilement survenir… et une éventuelle contamination au VIH peut arriver !

Ouvrir le droit au mariage, à l’adoption et à la PMA aux couples homosexuels, lutter pour l’égalité des droits… c’est également lutter, dans une certaine mesure contre le terreau qui entretien l’épidémie du VIH/Sida chez les gays !

2013… année de la baise… année du pouvoir de s’exprimer librement ? Trop souvent encore un regard plein de morale s’écrase sur les épaules des mecs qui font des plans cul, qui parfois peuvent prendre des risques, qui ne font pas ou peu de plans cul mais qui prennent également parfois des risques ! Je pense que tout le monde est libre d’avoir sa propre sexualité, à partir du moment où c’est fait dans le respect de l’autre et en toute conscience de ce que l’on fait, sans que tout un chacun vienne y mettre son nez et se mêler de ce qui ne le regarde pas… ! Ce regard-censure a des effets pervers, et est également vecteur de l’épidémie. En effet, s’il est déjà ardu de parler librement de sa sexualité, sans tabou et sans jugement, il est encore plus difficile de pouvoir parler de ses éventuelles prises de risques… ! Et si on ne peut pas parler du fait que la capote nous fait débander, qu’on ressent moins de plaisir avec, qu’on a un mec séropo qui n’est pas sous traitement avec qui on n’arrive plus à mettre la capote, qu’on aime le jus, qu’on n’arrive pas à imposer la capote à son partenaire, que la prise de risque peut être excitante, qu’on est à fond sur un mec et qu’on ne pense pas du tout à se protéger, etc. sans se faire traiter d’inconscient, d’irresponsable, de salope et autres jolies dénominations… Comment peut-on clairement avoir accès à une information adaptée à nos pratiques, afin de mettre en place une réelle stratégie de réduction des risques ? Même si la protection n’est pas à 100%, il existe toute une palette d’outils et de techniques pour réduire au plus possible ces risques !

Pouvoir parler librement et sans jugement de sa sexualité et ses éventuelles prises de risques est essentiel pour mieux se protéger et avoir de l’aide !

2013… année de la disance… année de l’annonce ? Malgré les énormes progrès de la recherche sur le VIH, malgré un espérance de vie égale ou quasi égale pour les personnes séropositives que n’importe qui, malgré les résultats des études qui montrent que le traitement est extrêmement efficace pour éviter la contamination de son partenaire… les représentations sur le VIH et les personnes séropositives demeurent ancrées dans les années 80-90 et une proportion non négligeable de la population en a encore une peur irrationnelle ! Une personne qui découvre sa séropositivité aujourd’hui, ça sera certes un choc, ça ne sera certes sûrement pas facile à encaisser. Le regard et le rejet de certains autres sera lourd à supporter parfois, mais grâce aux traitements elle pourra continuer à mener une vie normale, extraordinaire même si elle le souhaite ! Elle pourra travailler. Elle pourra continuer à avoir pleins d’amis. Elle pourra faire du sport, baiser, tomber amoureux et se mettre en couple, fonder une famille, avoir des enfants et peut-être même des petits-enfants, avoir des projets et vivre quoi ! Et beaucoup de personnes qui annoncent une séropositivité (médecins ou militants associatifs) gardent malgré tout une image plutôt négative de cette annonce ! Même si en effet ce n’est pas facile à faire, il faut garder à l’esprit que dans une certaine mesure c’est une annonce positive (sans mauvais jeu de mot). Elle l’est d’un point de vue individuel, car la personne va pouvoir entrer dans un parcours de soin et prendre rapidement un traitement. Même si le traitement n’est pas forcément anodin et une partie de rigolade, le VIH n’est pas non plus anodin et il agresse en permanence le corps… ! Une étude a récemment montré une corrélation entre une plus mauvaise fin de vie, et le temps mis avant de commencer un traitement ! Et enfin cette annonce est positive d’un point de vue collectif, car une personne qui connaît son statut va faire prendre beaucoup moins de risques à ses partenaires. Une des plus grandes peurs des personnes séropositives est de contaminer quelqu’un d’autre ! Par ailleurs, le fait qu’elle puisse prendre un traitement évitera quasi à coup sûr une ou plusieurs autres contaminations, et aura pour effet de baisser la « charge virale communautaire » (addition de toutes les charges virales d’une communauté), et donc fera baisser le risque de contamination au sein de cette communauté… !

Pour mieux lutter contre le VIH, il est nécessaire de regarder la réalité de la séropositivité à travers un filtre objectif, et non un spectre noircissant les choses plus qu’elles ne le sont pour faire peur ! Il est prouvé par de nombreuses études que la peur comme moteur de prévention n’est pas ce qu’il y a de plus efficace du tout ! Comme disait un médecin avec laquelle j’intervenais à l’occasion du 1er décembre dernier devant un amphi d’étudiants en médecine et sages-femmes, « aujourd’hui il est certain que l’on vit mieux sans le VIH… mais on vit bien, voire très bien avec malgré tout… » !

2013… année du test… année de l’autonomie… ? Le dépistage est une étape indispensable à la lutte contre le VIH, et si l’image que l’on se fait du VIH est déformée, beaucoup de monde ne va pas, ou à reculons, la boule au ventre, se faire dépister ! Il serait souhaitable pour mieux lutter contre le VIH de développer encore plus l’offre de dépistage ! En 2011, grâce à l’action de Roselyne Bachelot visant à l’autorisation du dépistage communautaire, un grand pas a déjà été fait sur l’accessibilité des tests… ! Un tiers des dépistages réalisés à AIDeS cette année était auprès de personnes pour qui c’était la première fois. Preuve que le dépistage rapide, gratuit, indolore et dans des lieux que fréquentent les gays permet de toucher plus de monde que le dépistage classique. Cependant, on peut encore mieux faire ! Bien que les tests rapides soient désormais facilement accessibles sur les actions des militants associatifs, un certain nombre de personnes ne vont pas pour autant se faire dépister. Il y a ceux qui préfèrent que ce soit réalisé par un médecin ou une infirmière, ceux qui préfèrent que ce soit par un pair… et ceux qui ne souhaitent ni l’un ou l’autre, mais préfèreraient le faire eux-mêmes chez eux ! C’est pour ça que je pense qu’il est indispensable d’aller vers l’autorisation des autotests ! Plutôt que ces mecs ne commandent des tests via internet, où on ne connaît pas vraiment la fiabilité, et où le coût n’est pas  négligeable, l’état pourrait mettre en libre-service en pharmacie ou auprès d’associations des tests certifiés NF que les personnes pourraient faire seules ! Certains vont agiter les chiffons rouges, comme quoi il pourrait y avoir des dérives, des perdus de vue dans le système de soin, des mauvaises manipulations, des suicides, etc. ! Bien sûr que c’est possible… rien n’est impossible ! Mais les mêmes chiffons rouges étaient agités lorsqu’il était question de laisser la responsabilité à des militants associatifs de réaliser des TROD (Test Rapide à Orientation Diagnostic) ! Qu’il est nécessaire que la personne soit accompagnée par un médecin, et qu’elle ne soit pas seule après une annonce. Mais au final, une fois la consultation finie, la personne se retrouve dans tous les cas seule face à elle-même… ! Et c’est la méconnaissance de ce qu’est vraiment la séropositive et les peurs qui sont entretenues par certains qui sont responsables des éventuels suicides et autres conneries que pourraient faire les gens ! Il serait temps en 2013 de cesser de prendre les gens pour des irresponsables… ! Il est temps d’accompagner vers l’autonomie les personnes afin qu’elles puissent comprendre facilement comment fonctionne un test et comment le réaliser soi-même, car ce n’est vraiment pas sorcier du tout, et un certain nombre des militants associatifs se font eux-mêmes le test, comme le font également beaucoup de personnels soignants… !

Pour mieux lutter contre le VIH, je pense qu’il est nécessaire de partager le pouvoir ! Je pense que beaucoup de ceux dans le corps médical qui ont freiné pour le dépistage communautaire, et beaucoup de ceux qui freinent à la fois dans ce même corps médical et dans le milieu associatif aujourd’hui pour que les autotests n’arrivent pas sur le marché, ont peur de perdre leur pouvoir ! Ils tendent à l’inertie pour conserver le pouvoir qu’ils ont sur les gens en détenant le savoir ! Or je pense plutôt qu’en partageant ce pouvoir, au final on en gagne !

Tout ceci ne saurait être exhaustif dans le combat pour plus d’égalité et moins de VIH… A vous de compléter la liste de vœux pour cette année… ! En vous souhaitant à toutes et tous une super année 2013… riche en amour, en sexe, en ouverture d’esprit et en pouvoir d’agir !

Dépistage | Drogue | Hépatite C | Relation médecin patient | Slam | 14.03.2012 - 13 h 58 | 15 COMMENTAIRES
L’injection chez les gays – « ça slam’ pour moi »

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Rémy a 28 ans et vit en région parisienne. Depuis plusieurs mois maintenant, il « slam’ » régulièrement. Cette pratique, qui semble se développer dans certains cercles gays des grandes métropoles, consiste à s’injecter des produits tels que la mephedrone, le 4-MEC voire de la cocaïne.

Slammer (de l’anglais, to slam/slamming) = s’injecter une drogue.

Visant à atteindre une désinhibition totale, le slam commence bien souvent dans un cadre sexuel ou festif. A la recherche de performances et de plaisirs intenses, la pratique fait pourtant plonger rapidement ceux qui s’y prêtent vers la dépendance. Celle-ci peut alors devenir problématique. Santé, boulot, argent… La difficulté à se contrôler impacte directement la vie de ceux qui consomment.

D’abord initiés au cours de soirées entre slammeurs, le glissement vers une consommation en solo se fait en quelques  mois voire quelques semaines à peine. Le profil de ces gays injecteurs, que commencent à rencontrer certains médecins, n’a pourtant rien à voir avec ceux, plus stéréotypés, des toxicomanes.

Que ce soit un phénomène en devenir ou une mode vouée à disparaître, Rémy a souhaité raconter son expérience. Un témoignage riche, pour que notre communauté, les associations et les médecins s’emparent de ces pratiques et s’organisent  face aux risques qu’elles représentent pour les slammeurs. En évitant de tomber dans l’écueil de la morale (« c’est mal », « mais que devient notre monde ? »), la question est clairement posée de savoir comment les gays, qui ont été le fer de lance du « safer sex », s’approprieront-ils désormais la culture de réduction des risques (RdR), liés à la consommation de produits ?

Témoignage recueilli par Jonathan

Comment en es-tu arrivé à « slammer » ?

Tout a commencé il y a quelques mois. Je parlais sur Internet à des mecs qui slammaient. Avant de se lancer, bien souvent il y a un passé dans la consommation de produits. On arrive pas au slam comme ça. Mais pour moi, c’était le stade à ne pas atteindre – je n’avais pas envie d’y aller.

Puis, plus j’en entendais parler, plus ça me faisait envie. Un peu comme un effet de mode. J’ai dédramatisé la pratique dans mon esprit. Tu sais, dans le slam il y a un peu le culte de la performance sexuelle, qui se mêle à l’envie d’aller toujours plus loin. En plus les mecs avec qui j’en parlais étaient plutôt mignons, me plaisaient et je me sentais vraiment à l’aise et en confiance. Alors j’ai eu envie d’y aller.

Comment s’est passé ton premier slam ?

Je me suis rendu chez un couple de mecs qui slammaient déjà. Avec internet, sur certains sites sur lesquels je suis inscrit, ce n’est pas bien compliqué à trouver. Quand tu vois marqué « chems++++ » (chems = ‘produits’ en anglais, ndlr) sur le profil d’un mec, ça ne fait pas trop de doute, pour moi, sur leurs pratiques.

Ce soir là je n’étais pas seul à m’initier. Il y avait un autre gars qui, comme moi, venait découvrir la pratique pour le première fois. Ça avait un côté rassurant de ne pas être le seul. On a bien discuté avant, puis on l’a fait. Comme je ne connaissais pas les gestes pour s’injecter, ils m’ont fait le slam. Pour qu’on évite de se partager les seringues et le matériel, on a pris une feuille de papier et tracé des colonnes avec nos noms dans lesquelles chacun avait son matos.

Quels sont les effets que ça procure ?

Une fois le slam fait, les effets se font vite ressentir. Ça me détend, je parle beaucoup plus facilement, je me sens détendu et très sociable. Je me sens bien et l’excitation est très forte. Tu peux alors baiser pendant des heures et des heures – de toute façon c’est presque impossible de jouir. Le niveau de plaisir est vraiment très intense.

Les sens sont aussi démultipliés 10x, 20x ! Un peu de lumière peut vite devenir éblouissant d’ailleurs. Le bruit est aussi gênant. Le plan se passe alors dans une grande pénombre et au calme.

N’y a-t’il pas des risques d’overdose ?

Les produits que j’utilise sont surtout le 4-MEC-Crystal ou la mephedrone – des cristaux que l’on fait fondre dans la cuillère avant de les injecter avec de l’eau stérile. Ce sont des produits qui sont moins à risque d’overdose, je crois. Pour le moment j’ai toujours refusé de m’injecter de la cocaïne – c’est une limite que j’essaie de ne pas franchir. Maintenant je sais que si je suis perché, au cours d’une soirée, et qu’on m’en propose, j’aurais peut être plus de mal à dire non.

Les prods’ que je prends sont des amphétamine. C’est coupe-faim et coupe-soif. Tu peux vites te déshydrater et assécher tes muqueuses. Je me sens souvent « desséché » quand je slam.

Tu me dis que le plan peut durer des heures, comment ça se passe ?

Le produit procure des effets pendant environs 1h/1h30. Au cours d’une nuit tu peux donc slammer près d’une dizaine de fois. Au bout de la 5e ou de la 6e, « l’effet de montée » ne se fait plus autant ressentir, me poussant alors à en prendre toujours plus. Le rapport au temps est totalement différent : tu peux avoir l’impression que 3h viennent de s’écouler, alors qu’en fait il s’en est passé beaucoup plus. Parfois j’ai même l’impression d’avoir des black-outs, je ne sais plus trop ce qui s’est passé.

Et comment gères-tu la descente ?

La descente n’est pas forcément dure, au début – et puis le pétard aide bien. Par contre les jours qui suivent sont difficiles à gérer, avec de gros coups de blues ou des envies soudaines de slammer de nouveau. Dans ces moments là je prends ma carte bancaire et je commande sur internet. C’est très facile de trouver mes prods. D’autant que plus tu commandes, moins c’est cher…

Comment ton rapport au slam a-t-il évolué, au fil des mois ?

En l’espace de 5 ou 6 mois, je suis passé d’un slam par mois à un voire plusieurs par semaine. L’addiction vient très vite. Une fois que j’ai commencé à stocker chez moi mon propre matériel et des prods’, j’ai commencé à pratiquer seul.

Quand je suis seul et que je m’ennuie, je peux me faire un slam. Je vais alors sur des sites de rencontre, histoire de trouver des mecs avec qui baiser. Ça peut durer longtemps… une fois j’ai passé trois jours non-stop à me branler, draguer, niker, slammer et ainsi de suite. Je suis incapable de dire combien de fois… Çà a duré au moins 12h… du moins c’est ce que je pensais. Ça avait en fait duré trois jours, durant lesquels je n’étais pas allé bossé…

Quel impacte cela-a-t-il sur ta vie quotidienne ?

En plus du rapport au temps qui devient complexe, je suis vite tombé dans l’engrenage du slam. Je claque beaucoup d’argent – rien qu’au mois de janvier entre les produits et parfois le taxi pour aller voir un dealer à l’autre bout de Paris, au milieu de la nuit, j’ai dépensé entre 450 et 500€. Voilà à quoi a servit mon 13e mois…

Je me sens souvent dans le bad. Pas d’humeur. Pas de motivation.

L’injection présente des risques somatiques (abcès) ou infectieux lorsqu’elle est pratiquée à plusieurs, comme pour l’hépatite C. Comment gères-tu ces risques ?

Quand j’ai commencé à slammer seul, je me suis défoncé le bras. J’avais juste vu cela sur les autres ou c’était toujours quelqu’un d’autre qui me le faisait. Le pire c’est que j’avais des notions de RdR (réduction des risques liés à l’injection, ndlr), mais voilà je ne savais pas comment mettre l’aiguille, quel angle d’entrée avoir, comment bien viser. Je me suis toujours injecté sur le bras gauche pour garder un bras sans dommage pour les prises de sang. J’ai bien essayé de regarder sur internet pour voir comment le faire, notamment sur le site d’ASUD (Association d’auto-support auprès des Usagers de Drogues, ndlr). Mais aujourd’hui ça devient de plus en plus difficile d’y arriver. Mes veines sont abîmées. Et crois moi, quand tu te loupes, que l’aiguille rate la veine, tu souffres. Et ça fait un abcès.

Il y a un vrai besoin d’être accompagné dans le slam. Pour apprendre les bons gestes, notamment avec d’autres mecs qui slamment eux aussi et qui savent bien faire.

Je fais toujours très attention à l’hygiène et à ne pas partager la seringue et le petit matériel (cuillère, filtre, coton, etc., ndlr). Quand on est plusieurs, chacun a un plateau avec son propre matos. Une fois je faisais une soirée avec un mec qui est porteur du virus de l’hépatite C. A un moment il s’est retourné et, sans faire exprès, m’a griffé avec l’aiguille. On a pas vu de sang et on a désinfecté très rapidement. Mais j’ai vraiment flippé car il n’y a pas de traitement d’urgence pour l’hépatite C. Lorsque je suis allé me faire dépister, j’ai vraiment eu très peur.

Justement comment abordes-tu cela avec les professionnels de santé ?

Au « 190 » (Centre de Santé sexuelle à Paris, ndlr) j’ai pu en parler assez facilement avec le médecin. Il n’avait pas forcément de conseils à donner mais m’a écouté. Il m’a dit rencontrer de plus en plus de mecs qui slamment et se contaminent à l’hépatite C. Il s’agit apparemment de profils totalement nouveaux – que les médecins ne voyaient pas avant. Ce n’est pas le tox avec ses chiens qui vit dans les squattes. Le contexte de ces personnes est totalement différent. Ce peut être le boulanger ou le fleuriste du coin venant consulter et qui découvrent qu’ils ont chopée l’hépatite C au cours d’une soirée à slammer. Et il y en a de tous les âges.

Et dans ton entourage, comment en parles-tu ?

J’ai une amie à qui j’en parle. Elle m’écoute et ça compte beaucoup. C’est important aussi de discuter avec d’autres personnes qui vivent la même chose, d’autres slammeurs.

Comment envisages-tu la suite ?

J’en ai marre du trash, de l’absence de contrôle et du sans limite. Je n’ai plus envie de rencontrer de nouvelles personnes qui slamment. Je veux juste me poser, rencontrer quelqu’un qui m’apporterait un cadre. C’est quand je suis seul, que je m’ennuie et cogite sur mon cadre de vie merdique que je slamme. Parce que ça m’aide à me sentir bien, je me défonce.

C’est en m’occupant, en étant avec des gens que je sortirai de cette spirale. Je veux arriver à me fixer des limites, pouvoir slammer, mais juste une fois de temps en temps en soirée, comme ça. Contrôler, ne plus être dans la dépendance physique.

Lorsque je m’occupe à autre chose pendant une longue période j’ai vraiment l’impression de revivre.

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Anus | Cul | Dépistage | IST | Non classé | Proctologue | 12.02.2012 - 17 h 53 | 6 COMMENTAIRES
Se faire « checker » le cul !

Santé anale, santé sexuelle

La santé sexuelle pour beaucoup de gays tourne en grande partie autour de leur beau petit cul ! Me faisant fréquemment prendre, cela me semble important de me faire examiner régulièrement mon anatomie anale pour dépister une éventuelle anomalie.

Les pratiques anales ou la présence de certaines infections sexuellement transmissibles peuvent en effet provoquer des troubles au niveau du rectum et de l’anus. Des fissures, des hémorroïdes ou des saignements peuvent apparaître à la suite de vos ébats sexuels. Et certains virus tels que les HPV1 – très fréquents chez les gays – peuvent être à l’origine de condylomes (sorte de petites verrues) ou d’un cancer de l’anus.Cela faisait longtemps que je souhaitais vous en parler – mais j’attendais ma prochaine consultation de proctologie, qui peut être menée soit par un médecin spécialiste, par un dermato ou généraliste qui a des connaissances en procto.

Avec tout ça, je préfère donc me faire « anusculter » de temps à autres ! Et ce d’autant que j’ai eu des condylomes externes par le passé, qui sont partis facilement grâce à une crème. Je craignais d’en avoir développé en interne – ayant régulièrement de petits saignements à la suite de rapports sexuels.

Une consultation de l’anus c’est…

Lorsque j’étais en Grande Bretagne, j’ai eu l’occasion d’avoir un examen de l’anus et du rectum à chacune de mes consultations de dépistage. Très professionnels, le médecin allait systématiquement se mettre derrière un rideau pour me laisser le temps de me déshabiller complètement et m’allonger sur la table de consultation – sur le côté, les genoux relevés, c’est moins « humiliant », parait-il. En France, c’était plus direct.

Il s’agit alors d’observer votre anus afin de déceler tout signe suspect. Tout d’abord à l’extérieur puis à l’intérieur. Pour cela, le médecin m’insère un doigt pour palper l’intérieur du rectum puis à l’aide d’un anuscope dilate l’anus afin de pouvoir observer ce qui peut bien se passer la dedans.

Pour avoir eu l’occasion de me faire « anusculter » à trois reprises, je trouve cela plutôt simple et rapide. La dernière fois le médecin n’étant pas franchement très doux, il m’a fait mal. Plus que jamais la relation médecin-patient est primordiale, ça aide à dilater pendant qu’il vous ausculte 😉

Cette fois-ci je n’étais pas très à l’aise. Car durant l’examen je n’ai pas bien aimé son air étonné lorsque je lui ai expliqué me faire prendre régulièrement. J’avais le sentiment de lui faire perdre son temps et qu’il avait envie d’en finir au plus vite. D’ailleurs la consultation a du durer au maximum 4 mins. Entretien et osculation inclus.

Et ce alors même qu’il y aurait dix mille choses à aborder avec un patient qui se fait sodomiser : quelles sont mes pratiques sexuelles et comment je gère ma prévention ? Comment sont préparées mes pénétrations ? Quels sont les autres problèmes que j’ai pu avoir ? Que nenni, tu baisses ton froc devant le docteur et l’infirmière qui te regardent, tu t’allonges et tu dilates. Y’a rien ? Tu te casses avec une crème apaisante à appliquer en cas de douleur.

Cela ne me dissuadera néanmoins pas d’y retourner de nouveau – peut être avec un autre procto qu’on m’aura conseillé. En attendant je continue à faire du diagnostic profane : je regarde mes fesses dans un miroir, je me mets un doigt à l’intérieur pour voir si je ne sens rien de suspecte. Notamment si je ne sens pas des petits boutons ou bouts de peaux qui pourraient faire penser à des condylomes.

Bref, j’apprends à connaître mon anatomie pour pouvoir prendre soin d’elle.

Et vous ?

Vincent

Crédit photo : myhiv.org

1 Papillomavirus Humain (“Human Papilloma Virus”)

Dépistage | VIH/Sida | 09.10.2011 - 14 h 22 | 1 COMMENTAIRES
Le dépistage rapide et communautaire



Depuis peu, les Tests de dépistages1 sont autorisés dans un cadre non-médicalisé en France. Cela signifie, que vous pouvez vous rendre auprès d’acteurs habilités, tels que des associations de lutte contre le VIH/Sida, pour vous faire dépister.

Ces nouvelles dispositions viennent ainsi compléter l’offre de dépistage du VIH qui existe déjà en France (hôpitaux, CDAG, laboratoires, Centres de Planification, etc.). 

A la différence que dans le cadre de ces tests, le résultats vous est rendu en quelques minutes seulement, sans prise de sang, mais grâce à une petite piqûre indolore sur le doigt.

Avant de vous présenter davantage, ce que je considère être une vraie révolution en matière de dépistage, j’aimerai vous faire partager ma petite expérience de cette nouvelle approche.

Mon expérience du test communautaire

J’attendais avec impatience la mise en place de ces tests. Car personnellement j’ai beaucoup de mal à échanger avec le personnel de santé que je rencontre dans un cadre hospitalier ou dans un centre de dépistage classique. J’aimerai à l’occasion de mes dépistages pouvoir exprimer mes craintes, mes pratiques, de manière libre. Mais les quelques fois où j’ai eu l’occasion de le faire, j’avais l’impression d’avoir Saint-Pierre en face de moi décidant de m’envoyer en Enfer pour me punir d’une débauche immorale.

De retour d’Angleterre, je souhaitais faire le point car j’avais de fortes craintes et je voulais aussi enfin l’occasion de discuter de mes pratiques dans ce cadre particulier. Je me suis donc rendu à un accueil de AIDES, sans rendez-vous (vu que ce n’est pas le rôle d’une asso de faire du dépistage à la chaîne). Je me retrouve donc dans une pièce toute petite et assez froide. « Pas encore le budget pour l’aménager », m’explique-t-on. Mon « dépisteur » ? Un autre mec gay militant dans l’association.

Le fait que je sois moi-même militant Sida n’a peut être pas été quelque chose de facile à gérer pour la personne me faisant l’entretien. « Tu connais déjà les risque et la manière de s’en protéger » m’a-t-il dit. Certes, mais force est de constater que cela ne suffit pas pour se protéger ! Et j’ai souhaité prendre le temps de discuter de cela.

Au final, on a parlé pendant un bon moment de mes pratiques, mon rapport au risque, mes craintes. En fait, avec le recul, même si c’était un mauvais moment à passer comme tous mes dépistages, je me rends compte que j’ai tout dit. Ce qui n’arrivait jamais dans un circuit classique de dépistage ou je disais seulement : « je viens juste faire le point… ». Et ce alors même que nombre de mes dépistages sont motivés par des prises de risques et que ça a toujours été une vraie angoisse que je n’arrivais pas à verbaliser devant Docteur X, Y ou Z.

Mais voilà, je sais qu’à AIDES on peut parler prise de risque et sexualité comme on parlerait de la météo. Et ça a surement été très facilitateur pour moi, même si en dehors de ce cadre de l’entretien, je n’aurais pas forcément tout déballé comme ça à une personne que je connais à peine.

Après quelques questions de type : « comment réagirais-tu en cas de dépistage positif / négatif ? » « connais-tu des personnes dans ton entourage qui sont séropositives ? », vient donc le moment de réaliser le test. C’est relativement simple : après m’être fait masser le doigt (hot… :p), un tout petit appareil permet de me faire une mini-piqûre indolore. Après quelques secondes, une gouttelette de sang sort de mon doigt et à l’aide d’une petite pipette, mon « dépisteur » m’en prélève un peu et l’injecte dans le petit boîtier contenant le test de dépistage.

Une petite manipulation est nécessaire pour avoir le résultat, en mélangeant quelques produits avec le sang pour qu’apparaisse(nt) le ou les petits indicateurs qui permettront de connaître le résultat.

Durant cette manipulation, on vous demande alors de sortir deux petites minutes : c’est à l’intervenant de vous donner le résultat, pas à vous de le découvrir en même temps en regardant le petit boîtier.

Deux minutes plus tard, le résultat est annoncé et s’en suis l’entretien post-test où l’on discute de la suite. Si le résultat est négatif cela permet une nouvelle fois de discuter de son rapport au risque, son vécu des dépistages, etc. Si le résultat est positif, cela permet d’accompagner la personne sur le moment et lui proposer un accompagnement pour la suite, qui peut être un accompagnement physique à l’hôpital ou dans un centre de dépistage.

Car si les asso sont habilitées à faire des dépistages, seul un médecin peut rendre un diagnostic. Aussi est-il est nécessaire de faire confirmer un résultat positif.

Voilà pour mon expérience ! J’en ressors globalement satisfait. Ça a été l’occasion de me faire dépister et de discuter de ma sexualité, ce qui est finalement relativement rare pour moi. Après libre à chacun d’aller là ou il veut pour se faire dépister. Mais un des avantages de ce nouvel outil, comme nous allons voir, c’est qu’il permet aussi d’aller vers les personnes et non pas seulement d’attendre qu’elle viennent.

Les enjeux du dépistage rapide et communautaire

Le dépistage rapide et communautaire cherche à répondre à certains enjeux majeurs de la lutte contre le VIH/Sida : dépister plus et plus tôt les personnes les plus exposés au risque de contracter et transmettre le virus. Et ce afin de leur proposer un suivi médical incluant éventuellement un traitement, si la personne se sent prête. Pour le bénéfice de sa santé. Et pour lutter contre le risque de transmettre le virus.

Sauf que, concrètement, il y a toujours des personnes que l’on n’arrive pas à atteindre par le dépistage classique. Des personnes qui ignorent qu’elles sont séropositives et qui sans traitement sont très contagieuses, notamment les premiers mois de leur infection. Des personnes qui n’ont pas le « réflexe dépistage » pour de nombreuses raisons : hors-milieux, peur entretenue par de nombreuses prises de risques, crainte d’aller dans une structure de dépistage, etc.

Pour répondre à cela, les tests rapides et communautaires pourront se faire sur les lieux où interviennent les militants associatifs. L’intérêt que ce soient des militants associatifs (formés à cela) et non des médecins permet une approche différente du dépistage. Ceux-ci sont ainsi en effet proposés par des personnes qui ont de fortes chances d’avoir un vécu de la sexualité et du rapport au risque plus proche du votre. Cela peut être libérateur de parole et peut permettre un échange de savoir entre pairs que l’on ne trouverait pas dans un autre cadre !

Ces dépistages pourront être proposés directement là où les mecs se trouvent (et baisent éventuellement). Dans les saunas ou les sexclubs par exemple, une petite pièce pourra être mise à disposition pour faire du dépistage. Sur les lieux de drague, un mini-bus peut offrir un espace pour cela.

Il s’agit donc de toucher un public que l’on n’aurait du mal à atteindre ailleurs. Et d’avoir cette démarche proactive vers les personnes, pourra éventuellement en pousser certaines qui, par crainte de se faire dépister, n’aurait jamais eu la force d’aller jusque dans un centre de dépistage ou chez leur médecin.

Les interrogations soulevées par le dépistage rapide et communautaire


De nombreuses questions se posent régulièrement. Par exemple, la confidentialité et l’anonymat. Le risque d’être vu dans un état un peu perturbé en cas de résultat positif. Ce sont de vraies questions auxquelles les acteurs associatifs doivent systématiquement réfléchir lors de la mise en place de cette offre supplémentaire sur leurs actions. L’aménagement physique du lieu est aussi pensé en fonction de cela.

Un dépistage peut être fait dans un lieu insolite (un vieux parking de baise). Il ne sera pour autant jamais fait à la sauvage et des conditions d’hygiène, de sécurité et de confidentialité doivent être réunies pour pouvoir en proposer un. D’où l’intérêt notamment d’avoir un mini-bus aménagé sur un lieu de drague ou une pièce dédié dans un sauna. L’anonymat est bien entendu garanti comme dans n’importe quel centre de dépistage. Si on vous demande votre prénom, vous pouvez dire : Lope57ans.

Quant au fait d’être vu… j’aimerai vous dire que je croise plus souvent des têtes que je connais, et donc des mecs susceptibles de me voir effondré, quand je vais me faire dépister dans un centre, que sur un lieu de drague… Donc à ce niveau là, c’est kiff-kiff.

Enfin j’aimerais rajouter que c’est une offre supplémentaire de dépistage qui est proposée. Si une personne ne se sent pas à l’aise d’en faire un à cet endroit en particulier, pourquoi en ferait-elle un ici et pas ailleurs ? Il n’y a aucune injonction au dépistage, juste une offre différente en complément de ce qui existe déjà. Et l’entretien pré-test permet justement d’identifier si c’est le meilleur moment pour la personne de faire un test et si ça ne vaut pas le coup d’attendre d’être ailleurs ou d’être prête dans son esprit pour en faire un.

D’après les échos que j’ai eu, il semble néanmoins que ces « lieux insolites » (saunas, lieux de drague), ont un certain succès auprès des mecs pour faire un test de dépistage.

La dimension politique du dépistage communautaire 

J’aimerais terminer cet article sur l’enjeu politique de la mise en place du dépistage communautaire. Que ce soient des pd qui dépistent d’autres pd, des migrants qui dépistent d’autres migrants, des tox qui en dépistent d’autres, des putes qui dépistent d’autres putes, cela participe d’un seul et même objectif d’appropriation par les communautés du pouvoir sur leur santé.

Cela renforce les capacités d’une communauté à agir favorablement sur la santé de ses pairs en adaptant l’offre de santé à ses besoins spécifiques, qu’ils connaissent mieux que personne. Ce qui est plus difficile avec une offre standardisée, qui bien qu’ayant le mérite d’être universelle, ne permet pas de prendre en compte les spécificités propres à des communautés plus affectées.

D’une vulnérabilité, celle par exemple du risque très élevé d’exposition au VIH, on en fait une force, pour combattre, justement, ce qui nous affecte de manière disproportionnée par rapport aux autres. A prendre en compte ces spécificités dans un cadre de non-jugement, cela participe à faire exploser les barrières qui freinent la lutte contre le VIH, comme la peur ou le rejet du dépistage classique.

Enfin, davantage de solidarité entre pairs, cela renforce aussi l’idée que l’on n’est pas seul dans sa communauté. Même si cela ne fait pas tout, dire « je suis séropositif » auprès de pairs capables de soutien et d’empathie est quand même plus aisé. A Brighton, où je viens de passer une année, il y a une communauté LGBT très organisée avec une forte visibilité du VIH (des personnes, des associations, des évènements, des symboles). Et jamais autant de personnes rencontrées et de mes partenaires sexuels se sont senties aussi à l’aise de me révéler leur séropositivité.

Je ne crois pas être utopiste, il y a encore du boulot pour transformer l’image et les représentations sur le VIH et les personnes séropositives au sein de notre communauté. Et lutter contre la sérophobie. Le dépistage communautaire est néanmoins un pas de plus vers cet objectif, il me semble. Car un gay ou gay-friendly qui dépiste un autre gay le mardi à 23h sur un vieux parking, ça a une valeur symbolique différente sur la place du VIH et des séropositifs dans notre communauté, qu’un gay qui se fait dépister par Dr. X, Y ou Z le jeudi après-midi à 16h15 pendant les heures d’ouverture du centre de dépistage.

N’hésitez pas à vous renseigner auprès de AIDES (www.aides.org), pour voir où sont déployés les actions incluant du dépistage rapide et communautaire près de chez vous. J’espère que bien d’autres associations seront en mesure de proposer cet outil également.

Vincent

Crédit photo : Terrence Higgins Trust 2011 – Montage : Vincent

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