5046 L’Europe des backrooms | Gay, Ma Santé !

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Dépistage | Drogue | Hépatite C | IST | santé sexuelle | VIH/Sida | 12.03.2014 - 16 h 08 | 4 COMMENTAIRES
L’Europe des backrooms

Drug, sex & electro

lab.oratory

Berlin, Cologne, Bruxelles, Gran Canaria… autant de villes qui raisonnent dans l’esprit de pas mal de mecs gays comme des lieux de pèlerinages incontournables de la culture hypersexuelle. Le développement des transports à bas prix couplé à la circulation plutôt facile au sein de l’espace Schengen ont sans aucun doute contribué à l’émergence d’une scène gay européenne.

J’aime la musique. Mais ma spécialité, ce sont les backrooms. Et quel plaisir ! Pour me rendre de temps à autres aux grandes soirées electro-sex et événements gays en Europe, l’excitation est toujours au rendez-vous. Toutes les nationalités sont réunies, l’attractivité dépasse les frontières  du Vieux Continent – on parle tous le même langage, un mélange entre le globish, le jockstrap et le cuir fétiche.

Musique cadencée et industrielle en fond sonore, torse-nu en petit short et bretelles, ma fiole de poppers dans la main droite, je traverse les couloirs enivrants et agréablement étouffants des corridors sombres, me frayant un chemin à travers la centaine de gars de tous horizons devant moi, certains perchés à la md’, meph’ et autres stimulants, à la recherche du prochains avec lequel baiser.

Même langage, mêmes codes… mêmes virus

Loin de chez moi je ressens à chaque fois la même sensation de liberté et de détachement. Parfois aussi, il faut l’avouer, de chaos. Notamment face à la difficulté d’assumer l’animosité qui m’habite à l’occasion de ces marathons sexuels auxquels je m’adonne, plusieurs heures durant et every single fucking day de ces voyages sexuels.

EuropeMapByNightAprès coup, c’est un peu la descente… avec combien de mecs est-ce que j’ai niké ? Ce soir là j’avais bien assuré en mettant une capote à chaque fois… putain pourquoi ce soir j’ai autant déconné ?

Derrière l’enfer paradisiaque des scènes sexuelles gays internationales se cache aussi une dure réalité : on estime qu’un tiers des mecs gays européens diagnostiqués pour le VIH se sont contaminés à l’étranger (1).

Il n’y a rien de bien nouveau dans une tel constat : le développement des voyages a toujours été une cause majeure de la propagation des épidémies. Souvenez-vous des maladies importées en Amérique Latine par les colons européens. La consommation sexuelle importante au sein d’un groupe, mine de rien assez restreint (les hommes gays sexuellement actifs), favorise la circulation rapide des infections sexuellement transmissibles. La question soulevée est alors plutôt de savoir quelles réponses apporter ?

L’Europe de la santé gay

Les discours de type « à Barcelone personne ne se protège », « à la Démence tu rentres ‘clean’ et tu ressors avec une chaude-pisse » sont totalement stériles. J’ai toujours été agréablement surpris par le nombre de mecs qui prenaient l’initiative de mettre une capote au Laboratory à Berlin ou à la Démence contrairement aux idées-reçues. Par ailleurs, il existe des soirées où la couleur est clairement affichée à l’image des « biohazard party » où le thème est le sexe sans capote entre séropo. Ca a le mérite de clarifier le niveau de risque auquel on s’expose, notamment pour l’hépatite C.

Force est de constater pour autant qu’il n’est pas rare de revenir de weekend avec une mauvaise surprise. Peut-on dès lors éviter cela ? Ou tout du moins réduire les risques ? Pour le coup, nous avons à faire à un public que l’on connait, facilement accessible et aux besoins clairement identifiés. En tout cas connus des associations de prévention dans toute l’Europe et auquel doit être proposé des services renforcés en santé sexuelle.

Notre communauté est le meilleur espace d’élaboration de réponses à ces besoins car nous savons où, quand et comment s’adresser à nos pairs. J’imagine bien une « fucking trousse » distribuée au départ du bus de la Démence, sur les sites des différentes soirées et comprenant capotes, gel, auto-tests du VIH et les adresses des lieux où trouver un traitement d’urgence à Barça, Tenerife, Berlin, Paris, Bruxelles… voire comprenant une boîte de Truvada (cachet permettant de prévenir de l’acquisition du VIH lorsqu’il est bien pris). …

Je rêve d’un supplément « Safer Sex » au guide Spartacus dans sa version papier ou smartphone permettant de trouver facilement le nécessaire pour prendre soin de son cul.

… Enfin je kifferai des équipes de prévention internationales sur les grands évènements sexuels gays, sillonnant les spots à la rencontre des mecs pour proposer dépistages complets, matis de prévention, orientation vers le traitement d’urgence, etc. Un peu à l’image de ce que AIDES a fait pendant l’Europride (voir ici).

(1) Fernández-Dávila P et al. Mobile men who have sex with men: an exploration in European residents of sexual risk taking while travelling abroad. 19th International AIDS Conference, Washington, abstract THPE373, 2012

LES réactions (4)
L’Europe des backrooms
  • Par Vignette 14 Mar 2014 - 9 H 45

    « J’ai toujours été agréablement surpris par le nombre de mecs qui prenaient l’initiative de mettre une capote au Laboratory à Berlin contrairement aux idées-reçues. »
    Content de lire ça ! Mais, étant encore au Berghain (pas au Laboratory donc) la semaine dernière, je sais pour sûr qu’il est difficile de s’y procurer des capotes. Elles ne sont pas en libre service, il faut aller au vestiaire, faire la queue, parler anglais et en demander (là les mecs très mignons du vestiaire vous en donne avec un beau sourire).
    De plus, le club ne fait pas de prévention et je vois mal une collaboration avec une quelconque association à l’intérieur de ses murs..
    Et comment allier la liberté, la désinhibition et la confidentialité prônées par le club avec de la réduction des risques ? Tout y est fait pour nous déconnecter de la réalité pendant des heures… L’image du club se voulant être plus proche d’un « rentrez-y à vos risques et périls » plutôt qu’autre chose…
    C’est cette sensation de liberté et de détachement dont tu parles. Et qu’il faut respecter car elle est légitime. Peut être avant d’y entrer alors ? Peut être qu’une campagne d’information pourrait être afficher contre les grilles de la queue à l’extérieur (pouvant atteindre jusqu’à 4H d’attente, ça en fait du monde).
    Je me demande si il existe des recherches par des associations allemandes sur les pratiques sexuelles au Berghain…
    Petit changement notable, depuis le début de cette année (pas avant me semble-t-il) le programme du Laboratory affiche avec fierté un « CERTAINLY SAFE SEX » accolé à son nom sur son fly, mais quand est-il au niveau de la réduction des risques à l’intérieur ? J’avoue que je n’y ai jamais mis les pieds, je reste en haut, sur le danse floor du Begrhain, ou au Panorama Bar. Les backrooms et la baise dans les chiottes n’y manquent pas ceci dit.
    Ton article me fait réagir car j’aime ce club et ce sont des questions que je m’y pose à chaque fois, aimant la techno, étant gay, volontaire à Aides, souvent sous le charme des danseurs du Berghain aux corps magnifiques..
    L’idée de la « Fucking trousse » est géniale, il serait intéressant d’y réfléchir et de la promouvoir à l’international, tout comme les bus de Aides qui pourrait sillonner toute l’Europe lors de grands évènements… Peut être que la Coalition Plus pourrait plaidoyer en ce sens ?

     
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