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Couple | Rencontres | VIH/Sida | 21.05.2012 - 18 h 33 | 5 COMMENTAIRES
« J’ai fait ma vaisselle, je me suis servie une vodka et je me suis mise à pleurer »

Voici Christelle ! Amie de longue date, confidente des plus intimes, elle occupe une place particulière dans la vie de Jonathan et la mienne. C’est même la super colloc’ de Jonathan ! Elle fait partie de ces personnes séroconcernées par le VIH dont on parle peu. Cet entourage proche, qui s’efface parfois pour soutenir un pote, un membre de sa famille, atteint par le VIH. Ce même entourage qui joue pourtant un rôle tellement essentiel pour le bien-être et l’acceptation de soi…Depuis plusieurs mois maintenant elle partage ma séropositivité avec courage en montrant un soutien sans faille. Pourtant ce n’est pas toujours facile. Par ce très beau témoignage, Christelle a voulu exprimer ce qu’elle a vécu, depuis ce jours de septembre où un message est venu lui annoncer la nouvelle…

Bonne Lecture !

Vincent

Une des personnes qui tient une grande place dans ma vie et dans mon cœur, à qui je tiens par-dessus tout est atteint d’un mal qui a tendance à se banaliser et qui est pourtant un des plus grands fléaux des ces dernières décennies : être atteint du VIH.

C’est un sujet que nous abordons beaucoup et pourtant si peu. Il arrive souvent, après l’avoir vu ou l’avoir entendu me de sentir triste, en colère, révoltée, désemparée et pleine de doute. Et j’espère juste pouvoir faire avancer un peu les choses et changer le regard de certaines personnes sur cette maladie. Parce que avant tout, cette personne est un être formidable qui mérite le bonheur, la réussite et la reconnaissance et qui ne se résume pas qu’à un « trait » de la personne : être séropo.

Je me souviendrai toute ma vie je pense, du jour où il me l’a annoncé. Il m’a envoyé un message où il m’expliquer pourquoi il était aussi fatigué en ce moment et qui se voulait rassurant. Il l’a fini en me disant qu’il était invincible et que tout irait bien pour lui, et que là, il était juste fatigué et qu’il voulait son lit. J’ai fait ma vaisselle, je me suis servie une vodka et je me suis mise à pleurer. J’avais peur. Pas peur de la maladie mais peur pour son avenir qu’il soit professionnel, sentimental, qu’il soit rejeté et qu’un jour, il lâche prise. Et après j’ai été en colère contre tout, cette saleté de maladie, la personne qui l’a contaminé, lui et moi… Moi qui  essayais de me voiler la face quand il me disait qu’il était fatigué et qu’il avait une angine qui lui disait que c’était normal car qu’il avait de gros changements dans sa vie. Moi qui avait que deux envies en ce moment précis, de le prendre dans mes bras pour lui montrer que je serais là pour lui et de lui en coller une en pleine figure parce que j’étais en colère (heureusement, on a pu en parlé au téléphone avant de se voir quelques jours après du coup je l’ai pas frappé). En y repensant je me dis que je fais une bien piètre amie et que j’ai réagi de façon un peu égoïste (voir beaucoup).

Quelques mois sont passés depuis et j’essaye de faire mon possible pour être présent pour lui. Je l’invite régulièrement à manger où j’essaie de lui faire des petits plats maison et où on regarde des conneries à la télé. J’essaie d’être toujours dispo quand il m’appelle quitte à raccrocher avec la personne avec qui je suis au téléphone pour lui répondre. J’essaie d’être à son écoute et de trouver des solutions quand il se pose des questions.

Ma réaction est peut-être démesurée mais voilà, je me fais du souci pour lui et ce, à chaque instant. Et là où je me fais le plus de soucis, c’est quand il me parle de sa vie sentimentale. Je ne parle pas juste d’un plan cul comme ça vite fait, mais de quand il rencontre quelqu’un et qu’il envisage la possibilité d’une relation suivie avec cette personne. Et là encore, je me sens prise dans un espèce de paradoxe que je n’arrive pas à expliquer, des sentiments bizarres qui viennent se mélanger et qui me foutent le cafard.

Mon ami est une personne très sincère et prévenante, et il ne cache pas le fait qu’il soit séropositif à ses partenaires. Et ça m’énerve de voir que certaines de ces personnes ne donnent pas de suite ou ne font pas l’effort de parler avec lui après qu’il leur ait dit ça. Des fois j’aimerais aller fouiller dans son portable, juste pour trouver leur numéro et les appeler pour leur dire : « Mais t’es con ou tu le fais exprès ? Le type, il te dit qu’il est séropo, il prend la peine de t’expliquer que son traitement marche plutôt bien et toi, tu lui réponds pas. T’as rien compris à la vie ou quoi ? J’espère qu’un jour tu te souviendras que quelqu’un a voulu être honnête avec toi, que ça a surement pas dû être facile pour lui et que toi t’as régi comme si t’avais le QI d’une moule !!! ». Après je me dis que c’est pas plus mal pour mon ami que ces personnes ne donnent pas de suite parce que ce sont des gros cons. Voilà pour la première vague de sentiments.

Après, la seconde vague, dite vague de la tourmente. Mais pourquoi se sent-il obligé de dire tout de suite qu’il est séropo. Alors je veux bien qu’effectivement c’est pas comme si il était atteint de chute de cheveux prématurée ou d’une autre pathologie à la con mais il sait que sa charge virale est indétectable et qu’il n’est plus contaminant, alors pourquoi ne se laisse-t-il pas un peu de temps ? Le temps de connaitre un peu la personne, je ne dis pas d’attendre des mois et de lui annoncer ça comme s’il avait mangé une pomme pour le goûter. Mais juste le temps de voir, quelques jours, si c’est une personne qui pourrait faire un bout de chemin avec lui. Mais je peux comprendre que la personne puisse se sentir trahie si, au bout de 15 jours, quand on est en pleine phase euphorique du « couple », qu’on pense tout le temps à la personne, il lui disait qu’il était séropo. Mais j’ai foi en l’espèce humaine et je me dis que cette personne arrivera à faire la part des choses, en ce disant que mon ami ne se résume pas qu’au fait d’être séropositif et que pendant ces jours où il ne lui a rien dit, il a tout fait pour le protéger. Certes cette maladie fait partie de lui et ce jusqu’à ce qu’on trouve un vaccin ou un traitement qui la détruise complètement. Mais il n’est pas que ça.

Enfin, voilà mon petit message et mon coup de gueule. Les gars, vous avez des personnes sincères en face de vous, qui se mettent à nues, pour qui c’est difficile et qui le font car comme toute personne vivant sur cette terre, elles n’aspirent qu’à une chose, au bonheur et à faire le bonheur autour d’elles. Posez-vous quelques minutes et réfléchissez. Vous pensez vraiment qu’elle pourrait vous « faire du mal » ? Et pourquoi passer à côté de quelque chose qui pourrait être génial tout ça parce que vous avez peur de parler de cette maladie et d’accepter qu’on puisse être heureux avec quelqu’un de sérodifférent ?

Christelle

LES réactions (5)
« J’ai fait ma vaisselle, je me suis servie une vodka et je me suis mise à pleurer »
  • Par sylvainj 28 Mai 2012 - 8 H 21

    un magnifique témoignage ! Merci

     
  • Par Caro 27 Mai 2012 - 23 H 50

    Merci pour ce très beau et émouvant témoignage !

     
  • Par Jfq89 21 Mai 2012 - 21 H 59

    <3

    Et encore t'as pas raconté la phase après la vodka, pendant les pleurs, où tu m'as eu au téléphone pendant 40 minutes… =D

     
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