La bannière doit faire 1005 x 239 pixels

Gay, Ma Santé !
Site web d'expression, d'échange et d'information sur la santé gay et ses enjeux !
Dernier Billet
IST | Non classé | VIH/Sida | 07.12.2011 - 22 h 15 | 8 COMMENTAIRES
Billet d’humeur : j’aime plus le 1er décembre…

Ma première journée mondiale de lutte contre le Sida je trouvais ça cool, je distribuais des capotes dans mon lycée. Maintenant ça me prend la tête. Pas parce que je suis contre cette journée, au contraire. Mais parce qu’elle est trop synonyme de défaitisme, alors que je suis plein d’espoirs.

La Journée Mondiale est passée…ouf ! Entendre les journalistes, artistes, médecins, associatifs, anciens activistes à la retraite (re-ouf!) et autres nous accabler du même discours pessimiste copier/coller depuis des années commençait à me prendre sérieusement la tête. Et ce alors même que 2011 marque un tournant majeur et prometteur dans la lutte contre le VIH.

Même mon témoignage énergique et optimiste donné à une journaliste a été retoqué en un truc déprimant à faire pleurer jusque dans les chaumières. Comme si, lorsqu’il s’agit de parler du VIH, la règle était de faire un « constat d’échec », de parler d’une « situation alarmante » et « hors de contrôle ».

Surtout chez « les jeunes », of course ! Catégorie qui ne veut absolument rien dire tant elle est hétérogène. Comme si c’était en mettant le paquet sur la prévention auprès de Jérémy, Natacha, Julie, Kévin et leurs amis de la 1ère B du Lycée Saint-Joseph de Trouville dans les Yvelines qu’on allait arrêter l’épidémie de VIH.

Ok, c’est cool de faire de la santé sexuelle auprès « des jeunes ». Tout le monde doit avoir un accès à l’éducation sexuelle et les établissements scolaires ont une responsabilité pleine et entière dans ce domaine.

Mais ce serait encore plus cool si on ciblait plus particulièrement les jeunes gays, les jeunes migrants, les jeunes précaires, les jeunes tox, les jeunes sans papiers, les jeunes déscolarisés, les jeunes incarcérés et autres.
Mais pas parce qu’ils sont jeunes… mais parce qu’ils sont gays, migrants, précaires, tox, sans papiers, déscolarisés, incarcérés et autres et qu’ils ont, pour le coup, bien plus de risque d’être exposés au VIH et aux IST que Jérémy, Natacha et leurs amis.

Car le VIH est aussi symptomatique des maux d’une société. Et ce n’est pas une question d’âge.

Jouons la carte de la solidarité !

Chez les gays, on a sans doute atteint le niveau maximal d’utilisation du préservatif – bien meilleur que dans n’importe quel autre groupe, soit dit en passant. Il ne faut pas s’attendre, je crois, à ce qu’on le dépasse. Au contraire, on constate une hausse du nombre de découvertes d’IST, traduisant la multiplication des prises de risque. Attendre un re-sursaut soudain autour du préservatif me semble être une perte de temps.

Alors que fait-on maintenant, mes amis ? Pleurons notre triste sors ? Accablons ces « jeunes pd insouciants » de plus en plus nombreux à découvrir leur séropositivité ? Bref, faisons un constat d’échec comme à la télé ou à la manière de Gégé du PMU au coins de la rue : « jvous l’dit, moi ! Tout fou l’camps ! » ?

On aura certainement pas ce sursaut autour de la capote. Il y a plus de prises de risques et un rapport au risque et au VIH qui ont évolué chez les gays (« ça ne fait plus peur » disent certains). Néanmoins, avant de paniquer, de toujours chercher à trouver des coupables, je crois qu’il y a vraiment quelque chose à travailler au niveau des solidarités qui se jouent entre nous.

… parler cul entre potes, s’écouter parler de nos pratiques sexuels, de nos prises de risque, se conseiller et soutenir mutuellement dans notre prévention, c’est être solidaire.

… ne pas envoyer balader les séropos, montrer à ses potes séropos qu’ils ne sont pas seuls, c’est être solidaire.

… se faire dépister régulièrement c’est être solidaire. Car les personnes qui transmettent le plus le VIH et les IST, ce sont celles qui ignorent qu’elles sont infectées.

… prendre un traitement lorsqu’on est séropo pour réduire le risque de transmettre son virus à ses partenaires, c’est être solidaire.

… parler prévention avec ses partenaires sexuel avant et/ou après être allé au pieu, leur envoyer un SMS quand on s’est chopé une IST, c’est être solidaire.

… agir pour transmettre la mémoire des « années SIDA » à ces jeunes qui ne les ont pas connu et qui, soit disant, n’en ont rien à foutre, c’est ça, aussi être solidaire.

Ça fait un peu biblique mon énumération, mais vous voyez, il y a encore beaucoup à faire dans notre communauté avant de dire que nous sommes en situation d’échec face au VIH. Cette solidarité est l’affaire de tous. Elle est même l’une des clés, je crois, à un contrôle de l’épidémie, la notre, pas celle de l’autre.

LES réactions (8)
Billet d’humeur : j’aime plus le 1er décembre…
  • Par gin 09 Déc 2011 - 13 H 39

    Comme @red je trouve cela un peu « dingue » aussi pour le « niveau maximal d’utilisation du préservatif »… ce n’est pas un peu fataliste? (essayer de faire remonter les stats de son utilisation, mais aussi bien sûr ne pas négliger les autres moyens de prévention comme cela est peut-être trop souvent le cas)

    Je suis globalement d’accord avec l’article, même si le tableau ne me semble pas si noir que ça au niveau de la prévention ciblée, le « ce serait plus cool… »: il existent déjà des campagnes de prévention ciblées non? Yagg s’en est d’ailleurs fait le relais plusieurs fois… Je pense aussi à la prévention du VIH chez les toxicomanes: les distributions de seringues jetables par exemple me semblent relevées d’une campagne de prévention ciblée 😀 Il me semble d’ailleurs que la prévalence du VIH chez les toxicomanes a fortement diminuée depuis plusieurs années(au contraire de chez les gays), j’imagine donc que ces campagnes ciblées ont quelques effets, même si bien sûr il y a encore beaucoup beaucoup à faire.

    Après si la critique porte sur la faiblesse et la rareté de ces actions ciblés, je la comprends.

     
  • Par Christophe Martet 09 Déc 2011 - 12 H 08

    Très bon billet. Je suis d’accord sur la solidarité et j’utiliserai aussi un mot qui nous est cher à Yagg: communauté. C’est en agissant dans une atttitude communautaire, en se respectant en tant que gays séronegs et séropos, entre générations, et en écoutant ce que les autres ont à dire que nous pourrons montrer que nous avons le souci des autres, que l’estime de soi passe aussi par un sens de la communauté.

     
  • Par Firefox 09 Déc 2011 - 7 H 36

    Les chiffres d’une étude récente me font penser au contraire qu’il n’y a jamais assez d’information auprès des jeunes, et qu’aller dans un lycée distribuer des capotes, expliquer comment les mettre et quand les mettre, c’est essentiel : http://vih.org/20111130/kabp-francais-et-vihsida-en-2010-27319.
    Parmi d’autres chiffres, 25% des jeunes pensent qu’on peut attraper le VIH par une piqûre de moustiques. Comme en 92.

    Si je comprends qu’il faille aussi cibler les gays, et que la prévention vers les jeunes est trop souvent hétérocentrée, évoquer toutes les pratiques et modes de transmission serait, à mon avis, une bonne solution.

    La solidarité, c’est bien, encore faut-il que les connaissances de base soient là.

     
  • Par Red 08 Déc 2011 - 12 H 10

    Je suis absolument d’accord avec toute la première partie et le fait qu’il soit nécessaire de faire une prévention ciblée.

    Après je ne sais pas si la situation est alarmante mais quand on me dit que les gays sont le seul groupe dans lequel le VIH augmente (je fais peut-être un raccourci honteux…), ça me donne plus envie de parler d’échec de la prévention que de crier ma joie… Mais c’est lié hein, si on ciblait plus les gays, si on parlait plus dépistage, on n’aurait peut-être moins ce problème.

    La capote, je ne sais pas non plus, je suis assez abasourdie d’apprendre que les gays ne peuvent pas utiliser plus la capote que ce qu’ils font maintenant. Ou prendre moins de risque. Je comprends ce que tu veux dire mais je trouve ça…dingue? 😀

    Et sinon pour la solidarité je te rejoins, tout ce que tu dis c’est du bon sens, mais le bon sens c’est certainement ce qui est le moins partagé au monde 🙂

     
  • Par Jfq89 08 Déc 2011 - 11 H 01

    Héhé il faut offrir à tous nos amis gays pour Noël un exemplaire du jeu « Viens tirer ton coup » alors !! =D

     
  • Par jmm13 08 Déc 2011 - 9 H 43

    Je ne peux qu’être d’accord avec l’essentiel de ce que tu écris.
    J’ai demandé ( avec quelques autres ) la prévention ciblée, dès 1985. C’était un engagement ultra minoritaire : en gros, faire de la prévention en direction des gay/bisexuels, c’était s’exposer à l’accusation de prosélytisme… Il a fallu attendre les années 90 pour voir apparaître des formes de prévention plus adaptées à chaque groupe. Mais le mal était fait. Alors, le 1er décembre ne m’a jamais fait illusion, même quand j’y participais activement.
    Quant au tournant majeur dans la lutte contre le vih, j’ai tendance à le relativiser : depuis au moins 15 ans, personne ne peut nier les progrès qui ont été faits dans les thérapies. Mais vivre avec le vih reste une épreuve que je ne souhaite à personne.
    Transmettre la mémoire des années sida est encore plus difficile que tout le reste : il n’y a pas beaucoup de gens pour recueillir cet héritage. Je pourrais argumenter, donner des exemples, etc.
    Cela ne m’empêche pas d’approuver ton énumération, au contraire.

     
  • Par Paul Denton 08 Déc 2011 - 6 H 56

    ça fait du bien de lire ce genre de discours, ça change de l’habituel prêchi-prêcha!

     
  • Vous devez être connecté pour poster un commentaire.

    Publicité