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Dépistage | VIH/Sida | 09.10.2011 - 14 h 22 | 1 COMMENTAIRES
Le dépistage rapide et communautaire



Depuis peu, les Tests de dépistages1 sont autorisés dans un cadre non-médicalisé en France. Cela signifie, que vous pouvez vous rendre auprès d’acteurs habilités, tels que des associations de lutte contre le VIH/Sida, pour vous faire dépister.

Ces nouvelles dispositions viennent ainsi compléter l’offre de dépistage du VIH qui existe déjà en France (hôpitaux, CDAG, laboratoires, Centres de Planification, etc.). 

A la différence que dans le cadre de ces tests, le résultats vous est rendu en quelques minutes seulement, sans prise de sang, mais grâce à une petite piqûre indolore sur le doigt.

Avant de vous présenter davantage, ce que je considère être une vraie révolution en matière de dépistage, j’aimerai vous faire partager ma petite expérience de cette nouvelle approche.

Mon expérience du test communautaire

J’attendais avec impatience la mise en place de ces tests. Car personnellement j’ai beaucoup de mal à échanger avec le personnel de santé que je rencontre dans un cadre hospitalier ou dans un centre de dépistage classique. J’aimerai à l’occasion de mes dépistages pouvoir exprimer mes craintes, mes pratiques, de manière libre. Mais les quelques fois où j’ai eu l’occasion de le faire, j’avais l’impression d’avoir Saint-Pierre en face de moi décidant de m’envoyer en Enfer pour me punir d’une débauche immorale.

De retour d’Angleterre, je souhaitais faire le point car j’avais de fortes craintes et je voulais aussi enfin l’occasion de discuter de mes pratiques dans ce cadre particulier. Je me suis donc rendu à un accueil de AIDES, sans rendez-vous (vu que ce n’est pas le rôle d’une asso de faire du dépistage à la chaîne). Je me retrouve donc dans une pièce toute petite et assez froide. « Pas encore le budget pour l’aménager », m’explique-t-on. Mon « dépisteur » ? Un autre mec gay militant dans l’association.

Le fait que je sois moi-même militant Sida n’a peut être pas été quelque chose de facile à gérer pour la personne me faisant l’entretien. « Tu connais déjà les risque et la manière de s’en protéger » m’a-t-il dit. Certes, mais force est de constater que cela ne suffit pas pour se protéger ! Et j’ai souhaité prendre le temps de discuter de cela.

Au final, on a parlé pendant un bon moment de mes pratiques, mon rapport au risque, mes craintes. En fait, avec le recul, même si c’était un mauvais moment à passer comme tous mes dépistages, je me rends compte que j’ai tout dit. Ce qui n’arrivait jamais dans un circuit classique de dépistage ou je disais seulement : « je viens juste faire le point… ». Et ce alors même que nombre de mes dépistages sont motivés par des prises de risques et que ça a toujours été une vraie angoisse que je n’arrivais pas à verbaliser devant Docteur X, Y ou Z.

Mais voilà, je sais qu’à AIDES on peut parler prise de risque et sexualité comme on parlerait de la météo. Et ça a surement été très facilitateur pour moi, même si en dehors de ce cadre de l’entretien, je n’aurais pas forcément tout déballé comme ça à une personne que je connais à peine.

Après quelques questions de type : « comment réagirais-tu en cas de dépistage positif / négatif ? » « connais-tu des personnes dans ton entourage qui sont séropositives ? », vient donc le moment de réaliser le test. C’est relativement simple : après m’être fait masser le doigt (hot… :p), un tout petit appareil permet de me faire une mini-piqûre indolore. Après quelques secondes, une gouttelette de sang sort de mon doigt et à l’aide d’une petite pipette, mon « dépisteur » m’en prélève un peu et l’injecte dans le petit boîtier contenant le test de dépistage.

Une petite manipulation est nécessaire pour avoir le résultat, en mélangeant quelques produits avec le sang pour qu’apparaisse(nt) le ou les petits indicateurs qui permettront de connaître le résultat.

Durant cette manipulation, on vous demande alors de sortir deux petites minutes : c’est à l’intervenant de vous donner le résultat, pas à vous de le découvrir en même temps en regardant le petit boîtier.

Deux minutes plus tard, le résultat est annoncé et s’en suis l’entretien post-test où l’on discute de la suite. Si le résultat est négatif cela permet une nouvelle fois de discuter de son rapport au risque, son vécu des dépistages, etc. Si le résultat est positif, cela permet d’accompagner la personne sur le moment et lui proposer un accompagnement pour la suite, qui peut être un accompagnement physique à l’hôpital ou dans un centre de dépistage.

Car si les asso sont habilitées à faire des dépistages, seul un médecin peut rendre un diagnostic. Aussi est-il est nécessaire de faire confirmer un résultat positif.

Voilà pour mon expérience ! J’en ressors globalement satisfait. Ça a été l’occasion de me faire dépister et de discuter de ma sexualité, ce qui est finalement relativement rare pour moi. Après libre à chacun d’aller là ou il veut pour se faire dépister. Mais un des avantages de ce nouvel outil, comme nous allons voir, c’est qu’il permet aussi d’aller vers les personnes et non pas seulement d’attendre qu’elle viennent.

Les enjeux du dépistage rapide et communautaire

Le dépistage rapide et communautaire cherche à répondre à certains enjeux majeurs de la lutte contre le VIH/Sida : dépister plus et plus tôt les personnes les plus exposés au risque de contracter et transmettre le virus. Et ce afin de leur proposer un suivi médical incluant éventuellement un traitement, si la personne se sent prête. Pour le bénéfice de sa santé. Et pour lutter contre le risque de transmettre le virus.

Sauf que, concrètement, il y a toujours des personnes que l’on n’arrive pas à atteindre par le dépistage classique. Des personnes qui ignorent qu’elles sont séropositives et qui sans traitement sont très contagieuses, notamment les premiers mois de leur infection. Des personnes qui n’ont pas le « réflexe dépistage » pour de nombreuses raisons : hors-milieux, peur entretenue par de nombreuses prises de risques, crainte d’aller dans une structure de dépistage, etc.

Pour répondre à cela, les tests rapides et communautaires pourront se faire sur les lieux où interviennent les militants associatifs. L’intérêt que ce soient des militants associatifs (formés à cela) et non des médecins permet une approche différente du dépistage. Ceux-ci sont ainsi en effet proposés par des personnes qui ont de fortes chances d’avoir un vécu de la sexualité et du rapport au risque plus proche du votre. Cela peut être libérateur de parole et peut permettre un échange de savoir entre pairs que l’on ne trouverait pas dans un autre cadre !

Ces dépistages pourront être proposés directement là où les mecs se trouvent (et baisent éventuellement). Dans les saunas ou les sexclubs par exemple, une petite pièce pourra être mise à disposition pour faire du dépistage. Sur les lieux de drague, un mini-bus peut offrir un espace pour cela.

Il s’agit donc de toucher un public que l’on n’aurait du mal à atteindre ailleurs. Et d’avoir cette démarche proactive vers les personnes, pourra éventuellement en pousser certaines qui, par crainte de se faire dépister, n’aurait jamais eu la force d’aller jusque dans un centre de dépistage ou chez leur médecin.

Les interrogations soulevées par le dépistage rapide et communautaire


De nombreuses questions se posent régulièrement. Par exemple, la confidentialité et l’anonymat. Le risque d’être vu dans un état un peu perturbé en cas de résultat positif. Ce sont de vraies questions auxquelles les acteurs associatifs doivent systématiquement réfléchir lors de la mise en place de cette offre supplémentaire sur leurs actions. L’aménagement physique du lieu est aussi pensé en fonction de cela.

Un dépistage peut être fait dans un lieu insolite (un vieux parking de baise). Il ne sera pour autant jamais fait à la sauvage et des conditions d’hygiène, de sécurité et de confidentialité doivent être réunies pour pouvoir en proposer un. D’où l’intérêt notamment d’avoir un mini-bus aménagé sur un lieu de drague ou une pièce dédié dans un sauna. L’anonymat est bien entendu garanti comme dans n’importe quel centre de dépistage. Si on vous demande votre prénom, vous pouvez dire : Lope57ans.

Quant au fait d’être vu… j’aimerai vous dire que je croise plus souvent des têtes que je connais, et donc des mecs susceptibles de me voir effondré, quand je vais me faire dépister dans un centre, que sur un lieu de drague… Donc à ce niveau là, c’est kiff-kiff.

Enfin j’aimerais rajouter que c’est une offre supplémentaire de dépistage qui est proposée. Si une personne ne se sent pas à l’aise d’en faire un à cet endroit en particulier, pourquoi en ferait-elle un ici et pas ailleurs ? Il n’y a aucune injonction au dépistage, juste une offre différente en complément de ce qui existe déjà. Et l’entretien pré-test permet justement d’identifier si c’est le meilleur moment pour la personne de faire un test et si ça ne vaut pas le coup d’attendre d’être ailleurs ou d’être prête dans son esprit pour en faire un.

D’après les échos que j’ai eu, il semble néanmoins que ces « lieux insolites » (saunas, lieux de drague), ont un certain succès auprès des mecs pour faire un test de dépistage.

La dimension politique du dépistage communautaire 

J’aimerais terminer cet article sur l’enjeu politique de la mise en place du dépistage communautaire. Que ce soient des pd qui dépistent d’autres pd, des migrants qui dépistent d’autres migrants, des tox qui en dépistent d’autres, des putes qui dépistent d’autres putes, cela participe d’un seul et même objectif d’appropriation par les communautés du pouvoir sur leur santé.

Cela renforce les capacités d’une communauté à agir favorablement sur la santé de ses pairs en adaptant l’offre de santé à ses besoins spécifiques, qu’ils connaissent mieux que personne. Ce qui est plus difficile avec une offre standardisée, qui bien qu’ayant le mérite d’être universelle, ne permet pas de prendre en compte les spécificités propres à des communautés plus affectées.

D’une vulnérabilité, celle par exemple du risque très élevé d’exposition au VIH, on en fait une force, pour combattre, justement, ce qui nous affecte de manière disproportionnée par rapport aux autres. A prendre en compte ces spécificités dans un cadre de non-jugement, cela participe à faire exploser les barrières qui freinent la lutte contre le VIH, comme la peur ou le rejet du dépistage classique.

Enfin, davantage de solidarité entre pairs, cela renforce aussi l’idée que l’on n’est pas seul dans sa communauté. Même si cela ne fait pas tout, dire « je suis séropositif » auprès de pairs capables de soutien et d’empathie est quand même plus aisé. A Brighton, où je viens de passer une année, il y a une communauté LGBT très organisée avec une forte visibilité du VIH (des personnes, des associations, des évènements, des symboles). Et jamais autant de personnes rencontrées et de mes partenaires sexuels se sont senties aussi à l’aise de me révéler leur séropositivité.

Je ne crois pas être utopiste, il y a encore du boulot pour transformer l’image et les représentations sur le VIH et les personnes séropositives au sein de notre communauté. Et lutter contre la sérophobie. Le dépistage communautaire est néanmoins un pas de plus vers cet objectif, il me semble. Car un gay ou gay-friendly qui dépiste un autre gay le mardi à 23h sur un vieux parking, ça a une valeur symbolique différente sur la place du VIH et des séropositifs dans notre communauté, qu’un gay qui se fait dépister par Dr. X, Y ou Z le jeudi après-midi à 16h15 pendant les heures d’ouverture du centre de dépistage.

N’hésitez pas à vous renseigner auprès de AIDES (www.aides.org), pour voir où sont déployés les actions incluant du dépistage rapide et communautaire près de chez vous. J’espère que bien d’autres associations seront en mesure de proposer cet outil également.

Vincent

Crédit photo : Terrence Higgins Trust 2011 – Montage : Vincent

1. Tests Rapide d’Orientation au Diagnostic (TROD)

LES réactions (1)
Le dépistage rapide et communautaire
  • Par teodu25 09 Oct 2011 - 17 H 13

    X => test rapide d’orientation AU diagnostique !
    Seul les médecins posent un diagnostique sur un test! 😉

     
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