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Relation médecin patient | 15.08.2011 - 18 h 44 | 6 COMMENTAIRES
La relation patient-médecin

Au cours des précédents articles nous avons plusieurs fois eu l’occasion avec Jonathan de parler de la relation patient-médecin lorsqu’on est gay. Et notamment de la difficulté à fonder une relation de qualité avec son médecin traitant ou tout autre professionnel de santé auquel on est confronté.

Oui, il existe une santé gay

… C’était même le sujet de notre article introductif (voir « Existe-t-il une santé gay ? »). Il est indéniable que traiter un patient gay nécessite certains réflexes tels que proposer un dépistage des IST, aborder la question du poids de l’homosexualité dans la famille, au travail, etc.

Mais voilà, le constat que nombre d’entre nous faisons est que d’une part il est difficile de révéler son homosexualité à son médecin. Surtout lorsqu’on dépend encore de son médecin de famille. Et d’autre part lorsque cela a effectivement été dit, on se retrouve parfois face à devoir faire avec leurs maladresses et les clichés habituels qui ne facilite pas l’expression de notre parole.

Exemple ci-dessous d’une conversation que j’ai pu avoir avec ma médecin traitant :

« Je viens pour un test chlamydia, vu qu’une personne avec qui j’ai eu un rapport dit l’avoir chopé et n’avoir eu de contact sexuel qu’avec moi ces derniers mois (et a regretté d’ailleurs, 🙂 ). Je souhaite faire un test et éventuellement avoir un traitement.

– Mais vous avez des symptômes ?

– Non

– Alors pourquoi vous voulez faire un test ?

– On peut être porteur asymptomatique pendant un certain temps.

– Vous croyez ?

–  Oui…

(elle regarde sur son ordinateur)

– Ah oui. »

Un peu plus tard :

« Est-il possible de faire un test VIH également ?

– Pourquoi ?

– Et bien je fais régulièrement un test pour contrôler.

– Ah bon ? Mais vous avez pris un risque ?

– Non.

– Il faut bien mettre un préservatif avec vos petites copines. Et si vous prenez un risque… bah… tant pis !

– Il existe un traitement d’urgence, non ?

– Ah oui, aussi… »

Un peu plus tard encore :

« Ah mais vous êtes ho-mo-se-xuel ? Bon… et c’était un rapport… comment dire… incertif ou réceptif ?

– ‘réceptif’…

– non mais, vous, les homosexuels. Vous pouvez pas en garder un et vivre avec, plutôt que d’aller voir à droite et à gauche ?

– et bien, c’est un choix de vie.

– ah. Moi je connais un couple homosexuel, ils ne vont pas voir ailleurs en même temps. »

Je ne lui en ais pas voulu à ma médecin traitant. Mais voilà, c’est juste qu’elle a une patientelle principalement composée de familles et de personnes âgées. Elle est certainement très compétente dans les pathologies liées à l’âge. Mais au niveau de l’homosexualité ou de la santé sexuelle elle n’y connait absolument rien et manque de tact pour en parler.

Faut-il un médecin gay ?

Une demande à laquelle nous avons souvent à faire dans l’associatif est celle de donner le bon filon d’un médecin gay dans le coin. Il n’existe pas de liste officielle et c’est souvent par le bouche à oreille que cela fonctionne. Il existe bien une association des médecins gays (AMG – voir chat avec les Dr. Philippe Lagrée et Nicolas Foureur). Celle-ci milite à la fois pour la reconnaissance des médecins et des patients homosexuels. Mais ce n’est pas le rôle de l’AMG de publier le nom des professionnels de santé homosexuels, bien que lors de ses permanences vous pouvez éventuellement êtres orienté vers un médecin en particulier.

Néanmoins l’homosexualité d’un médecin ne garantie pas sa capacité à aborder les problématiques récurrentes chez ses patients homos. Il est peut être préférable d’avoir à faire à des professionnels de santé formés, par exemple, à la santé sexuelle ou à la sexologie clinique. Car n’oublions pas que l’objectif c’est de vous soigner. Ce n’est pas à vous d’être désolé d’être gay mais bel et bien à celle ou celui à qui vous faites un chèque, ou que l’État paye, à la fin de la consultation, de vous apporter un service de qualité.

Je le répète souvent, mais il existe une grande diversité de professionnels de santé. Certains excellents, d’autres qui ne méritent pas ou plus leur titre. Vous êtes libre de changer si vous ne vous sentez pas à l’aise. Que ce soit en consultation de ville, ou même à l’hôpital, vous pouvez toujours essayer de voir avec le secrétariat s’il existe la possibilité de voir un autre médecin.

C’est cette relation patient-médecin, si importante, qui peut être l’une des explications de l’attrait des gays pour les centres de santé sexuels.

Les centres de santé sexuelle

Globalement, il s’agit de centres de santé anonymes et gratuits dans lesquels vous pouvez bénéficier de consultations liées à la santé sexuelle/psycho-sexuelle. Comme par exemple le dépistage approfondi des IST. Personnellement j’ai été totalement séduit par le concept en Grande-Bretagne. En France il n’est pas encore généralisé en dehors de Paris, faute de moyens et de volonté politique.

J’ai bénéficié à chaque fois d’entretiens où l’on me posait plein de questions allant de la pipe au fist, en passant par l’origine de mes partenaires, si les rapports étaient protégés, si oui, comment, si non, à mon avis, pourquoi, si j’avais eu des rapports tarifés, si j’avais pris des produits, etc. etc. Tout est abordé et de manière simple, directe et respectueuse, sans jamais me juger et toujours avec une attitude positive et encourageante.

Et par la suite j’ai à chaque fois eu le droit à une batterie de tests que même la NASA ne doit pas effectuer sur ses astronautes : prise de sang, prélèvement buccal, spéculum dans le cul et prélèvement anal, prélèvement dans l’urètre (GGGgggnnnnaaaaaaaaaaaaah putain oui je suis un HOMME ET JLE SENS BIEN LA… OH OUI JE SOUUUUUFRE VAS Y REMUE LE COTON TIGE DANS L’URÈTRE UNE DEUXIÈME FOIS) et analyses d’urines. Ouf ! Petite anecdote, pour montrer le respect que le médecin attache à votre intimité et la délicatesse de ce moment, le médecin va s’isoler derrière un rideau pendant que vous vous déshabillez et ne reviens qu’à votre signal. C’est tout simple, mais ça rassure.

Enfin, il m’a à chaque fois été proposé de voir une psy super sympa qui m’offrait des petits sacs de préservatifs et de lubrifiant en me demandant comment j’allais. C’était aussi l’occasion de me demander comment l’entretien avec le médecin c’était passé et en récapitulant ce qui venait d’être fait. Elle saisissait aussi l’opportunité d’aborder la question de quoi faire en cas de prise de risque ou de savoir comment j’analysais mes propres prises de risque quand j’en prenais.

Le jour même des premières analyses sont rendues et les traitements éventuels donnés gratuitement. Et pour les tests nécessitant un passage au laboratoire (VIH syphilis, etc.), un délais d’une semaine était à prévoir pour venir chercher ses résultats (ou les recevoir par SMS…).

En conclusion ?

Vous l’aurez compris, la relation patient-médecin, lorsqu’elle est de bonne qualité et vous permet de vous exprimer sans être jugé, peut permettre un certain confort du patient. Et celui-ci sera par conséquent d’autant plus à l’aise de donner l’ensemble des informations nécessaire au praticien pour faire son diagnostique médical.

N’oubliez jamais que dans cette relation avec votre médecin, vous êtes roi et non l’inverse.

La santé sexuelle et les questions relatives à l’homosexualité forment une pratique médicale particulière, on pourrait même dire, une spécialité. Et l’existence de centres spécialisés est un vrai confort pour les patients homosexuels.

Notez la publication d’une brochure, à destination des généralistes, réalisée par AIDES et l’AMG intitulée : « Homosexuels, des patients comme les autres ? ». Si un jour par hasard vous passez pas loin de chez votre médecin, n’hésitez pas à glisser un exemplaire dans sa boîte aux lettre.

Vincent

Et vous, vous santez vous à l’aise de parler avec votre médecin de votre homosexualité et de votre santé sexuelle ? Souhaiteriez-vous avoir un médecin gay ou cela ne vous importe peu ? Quels sont vos trucs & astuces pour aborder ces questions avec votre médecin ?

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Crédit photo: © Terrence Higgins Trust / Montage : Vincent
LES réactions (6)
La relation patient-médecin
  • Par Vincent aujourd'hui - 23 H 43

    Le problème avec le serment d’Hippocrate, c’est un peu comme les livres religieux : chacun trouvera toujours un moyen de l’interpréter à sa manière.

    Encore l’autre jour des Témoins de Jéhovah ont tenté de me faire croire qu’en fait la Bible ne disait pas que le monde avait été créé en 7 jours mais simplement qu’il y avait eu une intervention divine et que le reste c’est de l’évolution. Se catégorisant de fait comme partisan de l’évolution et de la création… l’évolutio-créationisme.

    Là c’est pareil : t’as des médecins qui te diront que le serment d’Hippocrate leur dit d’agir pour le bien du patient, et qu’à ce titre, son identité doit être respectée. D’autre diront qu’agir pour le bien du patient, ce sera essayer de l’orienter vers un autre mode de vie que le sien, plus sein. Tricky, isn’t it?

     
  • Par RoaldAckland 16 Août 2011 - 18 H 02

    Dommage que votre article ne parle pas du serment d’Hipprocrate (ou équivalent aujourd’hui, c’est à dire Serment de l’ordre français des médecins de 1996) où le praticien s’engage à soigner le patient quel qu’il soit, y compris par rapport à l’orientation sexuelle. Mais je doute quand même que tous les médecins le respectent.

    Mon médecin généraliste actuel, dès le premier RV, je lui ai dit carrément que j’étais homo (je venais aussi consulter pour des raisons liées à mon dernier partenaire).

    Pour ce qui est du témoignage de Shinox, je me contenterai de parler au médecin du serment d’Hipprocrate et lui demander ce qu’il en fait surtout quand il y est dit: « Je respecterai toutes les personnes, leur autonomie et leur volonté, sans aucune discrimination selon leur état ou leurs convictions.  »

    Un pote m’avait suggéré de prendre un médecin homo en me disant que c’était plus cool, qu’on pouvait se le taper peut-être ensuite. Tous les médecins ne finissent pas ou ne veulent pas finir dans le lit de leurs patients. J’avais dit non, que le fonctionnement biologique de mon corps était le même, quelle que soit mon orientation sexuelle.

     
  • Par aifelle 16 Août 2011 - 16 H 07

    J’ai un médecin généraliste, que je découvre mais elle sait que je suis lesbienne. Ce toubib est assez distante mais je ne sais pas, ça se passe plutôt bien. Elle s’occupe de tout en fait, gynécologie, dermatologie, … etc

     
  • Par LouisDeYagg 16 Août 2011 - 12 H 42

    Ayant eu à faire à plusieurs médecins assez « réservés » sur mon mode de vie, j’ai finalement contacté l’AMG, et je ne regrette absolument pas mon nouveau médecin. On peut se sentir très rapidement jugé par son interlocuteur,ce qui est assez intimidant, parfois même en CDAG malheureusement…

     
  • Par shinox 15 Août 2011 - 19 H 49

    J’ai jamais ce style de problèmes. J’ai toujours parlé très franchement à mes différents médecins sans aucune honte (en même temps, je n’ai pas honte avec qui que ce soit) même si je les rencontrais pour la première fois… et si un médecin m’avait parlé comme dans ton exemple, j’en aurai changé sur le champ en lui signifiant la raison.

     
  • Par Paul Denton 15 Août 2011 - 19 H 07

    Hum, faut vouloir se prendre un speculum dans les fesses lol Plus sérieusement, en ce qui me concerne, il y a plein de questions intimes que je n’ose pas poser à mon médecin. Il faudrait que ça change.

     
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